Sur scène hier soir à La Cigale, à Paris, une musique d’immigrés dédiée à tous les exilés, les anciens qui travaillaient dans le bâtiment ou à la mine. Celle des cassettes en plastique jaune de Djamel Allam, Slimane Hazem ou Dahman el Harrachi qui peuplaient les boites à gants des 504 familiales. A la séparation du groupe Zebda, Magyd Cherfi est parti avec la poésie et Mous et Hakim ont gardé l’énergie. Avec Origines contrôlées, les deux frères de Toulouse ont réuni un groupe à l’image de la culture qui a rythmé leurs expériences musicales au long de ces vingt dernières années.

C’est à Bondy qu’ils avaient fait leur premier concert en région parisienne. C’était en 1991. Le guitariste du groupe résume à lui seul le métissage qui habite cette musique. Serge Lopez est un Toulousain d’origine espagnole, né à Casablanca. Dans la salle, on a toute la Kabylie et ce que l’on peut compter de plus actif dans le militantisme citoyen et alter mondialiste. Des membres d’AC-Le Feu, de Devoir de mémoire, de la Ligue des droits de l’homme ou encore d’ATTAC.

Tous sont venus voir sur scène les anciens leaders des « Motivés » qui avaient sillonné la France en 2001 pour porter des candidatures alternatives aux élections municipales. C’était déjà une habitude avec le groupe Zebda : la musique est avant tout une revendication, mais emmenés par les deux chanteurs montés sur ressorts, cette revendication est festive, sur-vitaminée.

Derrière la scène, un énorme « Origines Contrôlées » entoure une empreinte digitale. Il montre avec ironie le sens que le groupe veut donner à son combat. Pour l’empreinte culturelle plutôt que pour l’empreinte génétique. « L’identité est en mouvement et le mouvement, c’est nous ! » lancent les deux frères. Idir ou Matoub Lounès, clament-ils, font partie de leur patrimoine musical autant que Renaud ou Kool and the Gang.

Mohamed Hamidi

Mohamed Hamidi

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