La diversité a ce pouvoir de faire se déplacer les personnalités, même un lundi, de bon matin. Pour cette première conférence de la journée, à la Villette, l’économiste Jacques Attali, et l’entrepreneur Aziz Senni, entre autres, ont dressé sans langue de bois le constat des minorités actuelles dans le recrutement.

Ainsi, nous dit Jacques Attali, il est nécessaire de « contraindre les entreprises à publier un bilan sur leurs propres diversités. » Tant du point de vue de leur personnel que de leurs clients. Une démarche plus transparente, plus saine et volontariste que préconise son association Planet Finance : « Dans une dizaine de quartiers de Paris, à Marseille, Lyon, nous frappons à la porte des gamins pour les aider à monter leur entreprise en les soutenant dans leurs demandes de prêts aux banques. Nous proposons des plans de micro-finance aux mômes de banlieue car ils représentent une vraie diversité ethnique. »

« L’ascenseur social est bloqué, j’ai pris l’escalier », assène quant à lui Aziz Senni. Le créateur du fonds d’investissement BAC (Bizness Angel de Cités) s’inscrit dans la même initiative : « Investir en capital pour accompagner les entrepreneurs de cités. Au-delà des finances, l’accompagnement au quotidien restent primordiales. » A la tête de sa société de taxis, Aziz Senni recrute « sur les compétences, en suivant le modèle anglo-saxon », dénonçant par là les méthodes de recrutement français. « La pyramide des âges étant en train de s’inverser en France, et que 25 % de la population est issue de la banlieue, celle-ci est dores et déjà un réservoir de main d’œuvre pour l’avenir. » Ainsi donc, la diversité au secours de la productivité de la société française.

Qu’en est-il concrètement sur le terrain ? L’association MozaïkRH basée à Paris a un stand juste à coté du nôtre. Après avoir écouté le discours des « grands », je demande à Taoufec N’Hri, 23 ans, chargé de recrutement, son avis en homme de terrain qu’il est, puisque son job consiste à mettre en relation les diplômés issus de la diversité et des quartiers difficiles au patronyme à consonance étrangère « avec les entreprises-partenaires de leurs actions telles que les banques Barclays, ou Gaz de France ».

Constat : les recruteurs sont encore dans le dédouanement, en tenant le discours suivant : « On veut bien recruter des responsables d’entreprise issus de la diversité mais il n’y en a pas. » Alors que concrètement « on voit des jeunes diplômés Bac+6 qui en veulent, qui ne demandent qu’à travailler mais qui voient les portes des entreprises fermées. Quand on met ces deux faits sur la balance, ce n’est pas cohérent. D’où le rôle de notre association « Mozaik ». On organise des rencontres entre ces deux mondes. Aujourd’hui, j’aurai aimé voir ici des recruteurs. » Peut-être serait-il donc bon d’introduire plus de diversité au sein des ressources humaines.

Nadia Méhouri 

Nadia Méhouri

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