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Il est 15h30, place de la République, lorsque le rassemblement commence. De nombreuses banderoles sont déjà déployées appelant à se mobiliser contre les violences policières. Certains des manifestants en profitent pour distribuer des prospectus pour l’abandon du projet de loi « Asile et immigration », discuté en juin au Sénat. Quelques minutes après le début du rassemblement, quelques manifestants équipés de mégaphones ont entonné plusieurs chants dont celui des tirailleurs africains qui ont combattu aux côtés de la France.

À l’initiative de cette manifestation, des collectifs de sans-papiers et des familles de victimes de violences policières pour exiger la vérité sur la mort d’Ismaïl Bokar Deh. Le Sénégalais de 58 ans vendait des babioles aux abords du Château de Versailles, aux côtés de nombreuses personnes en situation irrégulière, comme lui. Le 30 avril au matin, Ismaïl quitte sa femme pour la dernière fois. Il est percuté par un fourgon de police plus tard dans la journée alors qu’il essaye d’échapper à un contrôle. Il était père de huit enfants. 

« Ce qui s’est produit avec Ismaïl Deh est arrivé à beaucoup de personnes avant mon frère et beaucoup d’autres après lui »

Parmi les manifestants, Awa Gueye, la sœur de Babacar Gueye, mort à Rennes en 2015 sous les balles de la police, est venue spécialement exprimer son soutien à la famille d’Ismaïl Bokar Deh. « Ce qui s’est produit avec Ismaïl Deh est arrivé à beaucoup de personnes avant mon frère et beaucoup d’autres après lui. Personne ne mérite de mourir ainsi aujourd’hui en France. On veut que justice soit faite », réclame-t-elle.

Le cortège prend la direction du ministère de l’Intérieur, en métro, mais n’a pas pu atteindre la place Beauvau en raison d’un important dispositif policier quadrillant le secteur. C’est devant la paroisse Saint Philippe du Roule, dans le 8ème arrondissement parisien, que les manifestants s’arrêtent. Une minute de silence est d’abord observée à la mémoire d’Ismaïl Bokar Deh. S’ensuivent des cris de colère de plusieurs manifestants réclamant la démission du ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, qu’ils prennent pour responsable de l’acharnement à l’égard des sans-papiers. « Ismaïl Bokar Deh est mort du seul fait de sa condition d’homme noir et sans-papiers. Rien que cela l’exposait plus que quiconque aux contrôles et aux violences policières, vous vous rendez compte ? s’indigne Denis, membre de l’association « Zone de solidarité populaire » dans le 18ème arrondissement. Il faut en finir avec ces politiques brutales dont est victime une grande partie de la population aussi bien les sans-papiers que des jeunes de banlieue ou des étudiants dans les facs. Il ne faut pas attendre qu’il y ait des drames pour agir ».

« Nous les sans-papiers sommes les premières victimes des violences policières »

Abdoulaye prend la parole. En situation irrégulière, le travailleur vit actuellement dans un foyer dans le 20e arrondissement de Paris. « Aujourd’hui, nous les sans-papiers sommes les premières victimes des violences policières. Dans ce pays, nos droits sont bafoués, on est tabassés et on est tués par les policiers. Lorsque vous venez chez nous, nous respectons vos droits fondamentaux, pourquoi ne pas faire de même pour nous ici ? », s’interroge-t-il. Mohamadou, 30 ans, Sénégalais sans-papiers arrivé en France en 2014, témoigne de sa peur au quotidien. « Je suis Sénégalais et sans-papiers comme Ismaïl. Je me dis que, comme lui, je peux mourir sans raison pendant un contrôle ».

Mohamadou, 30 ans, Sénégalais sans-papiers arrivé en France en 2014, témoigne de sa peur au quotidien

« Malgré mes papiers français, je suis toujours perçu comme un immigré »

Oumar Diakhité est le dernier à prendre la parole. Il est un cousin d’Ismaïl Bokar Deh, un des seuls proches présents au cortège car la famille rendait au même moment un dernier hommage au défunt à la mosquée de Mantes-La-Jolie où il vivait. « Le sort des sans-papiers, c’est une question qui concerne tout le monde. Les migrants qui meurent en essayant de traverser la Méditerranée, nous ne devons pas fermer les yeux là-dessus. Nous ou nos ancêtres se sont retrouvés dans une situation similaire. J’ai été comme eux lorsque je suis arrivé en France et malgré mes papiers français, je suis toujours perçu comme un immigré ». 

Oumar décrit son cousin comme un brave homme qui aura lutté jusqu’à son dernier souffle pour offrir une vie décente à ses huit enfants restés au Sénégal et sa femme. « Il a multiplié les petits boulots et gagnait une misère mais il a toujours été honnête, il n’a jamais rien volé ou n’a jamais commis de délits ». Selon Oumar, « des témoins affirment avoir vu des policiers le jeter au sol avant de l’asséner de coups ». Selon la version de la police, Ismaïl Bokar Deh aurait « traversé la route subitement » devant le fourgon qui n’a pu l’éviter. L‘Inspection générale de la police nationale a ouvert une enquête pour homicide involontaire. La famille, elle, a porté plainte contre X.

Félix MUBENGA   

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