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« Ma, il est où le poste de radio ? » Cette question adressée à ma mère revenait inéluctablement dès les premiers jours du ramadan. Pour faire simple, durant le ramadan, la radio, devenait un membre de la famille à part entière. Même si cela fait des années qu’elle nous a quittés… et que, depuis, le ramadan n’a pas plus la même saveur.

À l’époque, ma grande-sœur et ma mère sortaient la radio de sa grotte, le débarras, un jour avant le ramadan pour connaître sa date précise. Une fois délogée du débarras, elle nous tenait compagnie dans la cuisine jusqu’au jour de l’Aïd, qu’elle annoncera aussi. Pendant qu’on ratait nos recettes avec ma sœur, elle était là. Fidèle au poste.

Je me souviens qu’on jonglait entre différentes stations. Radio Orient pour l’appel à la prière, Beur FM pour le Coran, France Maghreb 2 et son émission “Parler Islam”. Il y avait aussi le jeu du “Si, pas, bien” où les auditeurs tentent de répondre aux questions sans prononcer les syllabes “si, pas et bien” en échange de cadeaux.

Une communion sur les ondes

Ce qui me fascinait, c’était le nombre d’auditeurs qui appelaient pour passer une dédicace à des membres de leur famille ou à leur proche. C’est là que tu comprends que le moment passé chez toi à écouter la radio avec ta famille parle aussi à toute une communauté avec qui vous partagez des souvenirs en commun.

Ma grand-mère aime écouter le Coran à travers sa petite radio dont elle prend soin

Inès a 26 ans et la radio, chez elle, a survécu à l’arrivée des smartphones et autres écrans. « L’adhan a été troqué contre la notification. Ma grand-mère, illettrée, a encore un lien très profond avec la radio. Surtout pendant le ramadan. Elle aime écouter le Coran à travers sa petite radio dont elle prend soin. Ça me rassure, car je sais qu’elle peut y accéder très facilement alors que manipuler la tablette pour ouvrir une chaîne TV et la regarder est impossible pour elle », témoigne Inès.

Pour la jeune femme, la radio est un souvenir d’enfance. « Je le lie énormément à ma famille, nous nous réunissons tous autour de la table en attendant l’adhan de la mosquée de Paris sur Radio Orient pour rompre notre jeûne. C’était vraiment LE moment qu’on attendait tant », se remémore-t-elle.

Nour aussi écoute la radio en famille, mais sur son téléphone et exclusivement pendant le ramadan. « On écoute toujours la radio durant le ramadan, comme Beur FM, et c’est d’ailleurs le seul moment de l’année où on le fait  ! », raconte la jeune femme de 25 ans.

Le souvenir que j’ai de tous ces ramadans, c’est la voix d’Abdelali Mamoun et les pubs pour Couscous Dari 

« Un autre truc qu’on fait quasi exclusivement durant le ramadan, c’est de regarder les chaînes arabes et surtout les mouselsels (feuilletons). Je ne sais pas pour eux, mais personnellement, en grandissant, le souvenir que j’ai de tous ces ramadans, c’est la voix d’Abdelali Mamoun et les pubs pour Couscous Dari », sourit Nour.

La radio au rythme du ramadan

Atika est mère de famille et comme Nour, elle écoute la radio sur son téléphone. « Je l’allume 15 minutes avant le ftor (coupure du jeûne). Je laisse tourner parce qu’il y a les versets du Coran, les hadiths, j’aime bien écouter même après l’adhan (l’appel à la prière) et puis je l’arrête jusqu’au lendemain », décrit-elle.

Cependant, la radio n’a pas toujours fait partie des habitudes d’Atika. « Au moment de mon arrivée en France en 1985, il n’y avait pas ces stations. Je regardais le coucher du soleil pour connaître l’heure du ftor ou les lampadaires, quand ils s’allument, ça voulait dire que c’était l’maghrib (prière prononcée au coucher du soleil). Il y a aussi la météo qui donne l’heure. Il n’y avait pas de calendriers comme maintenant », se souvient Atika.

Malgré la possibilité de voir de la radio, elle privilégie l’écoute. « Ça me rassure. Au bled, il y a le cheikh, la mosquée, on entend l’Adhan en temps réel. J’ai besoin d’entendre », explique Atika.

Une tradition qui se transmet de génération en génération

À l’instar d’Inès, Ania doit cette habitude à sa grand-mère. « Elle était couturière et avait toujours sa radio à côté de sa machine à coudre. C’est resté dans nos habitudes, sur trois générations. » D’ailleurs le poste est allumé dans sa cuisine à l’heure où elle témoigne. « Je prépare le ftor en même temps. La radio marque mon Ramadan, si on m’enlève ça, c’est comme si 50 % de mon Ramadan n’était pas présent. Ça nous met dans un mood. »

Les musiques populaires passaient et étaient très représentatives de notre identité

En parlant d’ambiance, elle associe également la radio à la musique. « Il y avait ce mélange de cultures entre la France et le Maghreb. Les musiques populaires passaient et étaient très représentatives de notre identité. » Allumée deux heures avant la coupure du jeûne pour écouter la lecture du Coran, c’est son repère temporel. « Je sais qu’à ce moment-là, quand ça commence, c’est que je suis vraiment à la bourre », glisse Ania en riant.

Mais pour la jeune femme de 26 ans, c’est surtout un moyen de venir en aide à la communauté, « il y a aussi des pubs pour les associations que je découvre à cette période », ajoute-t-elle

Au moment de raccrocher avec Ania. Plein de souvenirs me reviennent en tête. Du coup, j’appelle ma sœur pour nous remémorer le bon vieux temps. Elle et ses enfants préparaient le ftor, la radio allumée. C’était elle qui l’avait récupérée.

Farah Rhimi

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