Fille de la nuit, elle rentre toujours au moment où vous vous couchez. Sans retirez ses talons qui font trembler le parquet de votre vieil appartement, deux ou trois fonçages dans les portes dû à un taux d’alcoolémie un peu élevé et le tour est joué: votre 102e nuit blanche à inscrire sur votre carnet. Vous ne manquerez pas de vous repeindre les cuisses en vous asseyant sur les toilettes car ne l’oublions pas, une femme ivre et des talons ne sont pas forcément les clés de l’équilibre… Malgré tout, elle saura se montrer une bonne « Desperate Housewife ». Mais seulement quand vous êtes là. Elle viendra vous réveiller sans scrupules à 5 heures du mat pour vous rappeler que la poubelle est à descendre, le tout dans une gouaille insupportable. Tout en vous glissant que votre chambre ressemble à un « camp de gitans » si vous avez le malheur de ne pas avoir rangé votre bureau pour avoir fini votre travail à 2 heures du mat.

Les pics fusent comme de véritables spitfires pour se convaincre que sa vie est moins pourrie que la votre. Des petits mots doux du genre : «Tiens, tu as fait cuire du poisson aujourd’hui ? Ça pue ! »; « Tu les vides rapidement tes gels douche, t’as peur des germes? » ou encore « Tiens, le type qui est venu hier, c’était bien ? » ; « T’as pas passé l’aspirateur hier, tu vas ramener des cafards ! » Et comme s’engueuler c’est fatiguant, vous vous délecterez de la regarder rougir et sauter rageusement à pieds joints face à votre indifférence.

Ce genre de fille ne boit que des jus de fruits aux noms compliqués. Le jus de goyave par exemple. Elle pense que ça donne un côté intellectuel. Celui que, selon elle, vous n’aurez jamais, vous qui achetez votre jus d’orange à Lidl. Et s’arrange toujours pour faire les courses en masse pour blinder le frigo. Résultat des comptes, vous pouvez à peine y caser un pot de moutarde. « C’est pour ton bien », vous sortira t-elle, « on voit que t’as pas de mec toi », conclura t-elle en regardant votre pantalon qui fait pattes d’eph’ aux cuisses. Et pour cette fille qui suit un régime de tortue il deviendra de toute façon difficile de cuisiner. Ces filles-là ont un odorat hyper développé quand il s’agit de vous pourrir la vie.

De toute façon elle vous détestera. Quoi que vous fassiez. Un sourire, un mot gentil, un mot tout court, un passage aux toilettes, votre existence l’insupporte. Elle ne sortira de son bunker qu’une fois que vous aurez rejoint votre « zone libre » pour la soirée : votre chambre. Quand elle n’est pas en train de fouiller pour y chercher des preuves accablantes d’un mode de vie douteux. Si la haine est intimement liée à l’amour je vous conseille de surveiller vos arrières pendant la nuit.

En bonne colocataire, vous prendrez soin de ne pas dépasser les 10 minutes nécessaires dans la salle de bain. Mais elle trouvera toujours le moyen de vous dire que vous y avez passé 40 minutes parce que vous êtes entrée à 8 heures 34 minutes et 12 secondes ! Un conseil, quand on cohabite avec une femme qui ne vit qu’à travers ses débats capillo-vestimentaires, toujours se faufiler dans la salle de bain avant elle, toujours, sauf si vous cherchez depuis six mois un bon argument pour quitter votre patron tyrannique.

La colocation c’est le bon plan quand on est jeune (ou pas) et que les fiches de paie ne suivent pas. Malheureusement il arrive parfois que l’on tombe mal. Et de la jeune femme heureuse et épanouie qui pense vivre une expérience à « L’auberge espagnole », vous finissez par passer une année pourrie et sombrez dans l’anorexie de l’ego. Et cette année, le maillon faible, c’est moi. Comme je suis une grande idéaliste, je me casse encore la tête à développer de grandes théories sur l’harmonie dans le couple imposé qu’est la colocation.

Mais qui n’a jamais connu le boulet d’or de la discorde ? J’ai bien pensé empoisonner ses yaourts 0%, poser des bombes sous son oreiller ou lui coller mes phalanges dans les dents mais est-ce la bonne solution ? Il paraît que la méchanceté vient de la faiblesse. Si on considère ce paramètre, elle serait en phase terminale. Alors avant de finir le mouchoir dans une main, la paire de ciseaux dans l’autre pour couper vos cheveux et 15g de cocaïne, j’espère que ces éléments vous aideront à repérer plus facilement le danger pour mieux le contourner.

Aude Duval

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