Après une journée à squatter un hall d’immeuble en fumant des joints tout en refaisant le monde, les estomacs sont vides. Et les poches aussi. La bonne solution pour se remplir l’un et l’autre, c’est de bosser, avec des sous en prime. Mais la fréquentation H24 des halls d’immeubles rend la chose impossible. Seule solution, alors : les commandes bidons de pizzas. Cela présente l’avantage de se faire livrer des pizzas et de les manger à l’œil. Une aubaine pour les jeunes sans fric et un cauchemar pour les patrons de pizzerias.

Voici la méthode, elle n’est pas belle : il suffit d’appeler la pizzeria du coin (tout le monde connaît ces enseignes de livraison rapide). Commander ensuite une ou plusieurs pizzas, boissons et desserts. Afin de ne pas se faire démasquer, éviter de donner l’adresse d’une rue sensible, déjà connue pour ce genre de pratiques tordues. Le standardiste de la pizzeria ne manque jamais de demander un numéro de téléphone au client. Evidemment, il est hors de question pour le gars qui passe la commande générale de filer ses coordonnées personnelles. Le moyen pratique, c’est de donner le numéro d’une cabine téléphonique du coin de la rue.

La deuxième étape consiste à attendre le livreur dans le bâtiment qui lui a été indiqué par téléphone. En arrivant à l’adresse, le livreur cherche le nom du supposé client. Et tout naturellement, la porte à digicode s’ouvre comme par magie. Il tombe nez à nez avec le groupe d’affamés. Pas besoin d’explications, le pauvre comprend immédiatement ce qui se trame. Tous les regards sont fixés sur les cartons de pizza, la chaude odeur du fromage ne laisse aucune place aux scrupules. Tout le monde à table ! s’exclame un des jeunes. C’est le festin, comme si tout cela était un dû.

C’était le récit d’une immersion dans le quotidien d’une bande de copains du XIXe arrondissement de Paris. Pas de quoi être fiers.

Idriss K

Idriss K

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