Depuis dimanche, des tensions perturbent la ville d’Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). Plusieurs véhicules ont été brûlés et deux écoles ont été prises pour cible par une vingtaine d’incendiaires. Un contexte crispé né après qu’un jeune habitant du quartier de Savigny a été retrouvé mort, succombant à une overdose selon le parquet. Ses proches doutent de cette hypothèse et réclament une nouvelle autopsie.

Le calme n’est toujours pas revenu à Aulnay-sous-Bois. Le quartier de Savigny vient de vivre sa troisième nuit d’échauffourées ce mardi soir. Ces violences ont opposé une poignée d’habitants à la police. Deux jours plus tôt, une vingtaine d’incendiaires ont brûlé au moins six véhicules et s’en sont pris à deux écoles de la ville. Au sein de la maternelle du groupe scolaire Savigny 1, rue des Lilas, « une salle de bibliothèque a été complètement incendiée et le bureau du directeur a été partiellement brûlé« , a indiqué la mairie de la ville dans un communiqué. À l’école primaire, une fenêtre de salle de classe a été brisée pour propager du liquide inflammable. Ce dernier n’a pas pris feu.

Bruno Beschizza, maire Les Républicains, n’a pas tardé à condamner « ces actes de nature criminelle avec la plus grande fermeté » et a adressé « une pensée pour les élèves qui sont les premières victimes de cet acte stupide et inadmissible« . Et d’ajouter : « Lorsque l’on touche à une école, on s’attaque à la jeunesse et à son avenir. C’est encore plus vrai lorsqu’il s’agit d’une école dans un quartier populaire« .

Groupe scolaire Savigny, rue des Lilas, à Aulnay-sous-Bois.

« On voudrait pouvoir faire la contre-autopsie, pour que tout le monde connaisse la vérité et que ma mère puisse faire son deuil »

À l’origine de ces tensions, le décès de Yacine, 24 ans. Il a été retrouvé sans vie le 14 septembre dans la cave de son immeuble situé dans le quartier Savigny dans des circonstances troubles : face contre terre, le pantalon baissé et une barre de fer sous son corps. Dans un communiqué de presse publié le 15 septembre, le parquet de Bobigny indique que l’autopsie n’a « pas révélé de traces de coups susceptibles d’entraîner le décès et conduit à écarter l’hypothèse d’une mort violente ». Le lendemain, il a fait savoir que l’analyse toxicologique a « révélé la présence de cocaïne à un taux très élevé compatible avec un décès par surdose ».

Les proches de Yacine soulignent plusieurs zones d’ombre dans cette version officielle et réclament une nouvelle autopsie. Ils relèvent notamment des hématomes sur le visage qui ressemblent à des marques de coups. « Quand on nous ment ouvertement, on nous dit qu’il a juste une trace sur le front et ensuite quand vous voyez son visage… ça n’est pas normal. On n’accuse personne. On voudrait juste pouvoir faire la contre-autopsie, pour que tout le monde connaisse la vérité et que ma mère puisse faire son deuil », demande Billel, le grand frère de Yacine.

« La manière dont l’enquête a été menée me dérange, poursuit le trentenaire. Les enquêteurs concluent tout de suite à l’overdose. Ils font une perquisition chez nous. La scène de crime a été laissée ouverte et sans surveillance, ce qui n’a pas permis de préserver les indices éventuels ». Pour déposer une plainte pour « homicide volontaire contre X », « ça a été le parcours du combattant », témoigne Billel. On m’a envoyé de commissariat en commissariat : Bobigny, Aulnay, Montreuil, Sevran, Aulnay à nouveau où j’ai enfin pu enfin déposer plainte », raconte-t-il, d’une voix fatiguée, le ton usé. « Je travaille, je paie des impôts… La police n’est pas là que pour nous verbaliser. Elle est aussi là pour nous protéger et nous aider. Ils doivent jouer leur rôle quand on a besoin d’eux ».

La famille de Yacine lance un appel au calme

Le quartier Savigny d’Aulnay-sous-Bois.

Dès le début de l’affaire, des rumeurs courent sur l’implication de la police dans cette mort suspecte. « Il y a eu l’histoire de Théo en février dernier, rappelle Hadama Traoré, et depuis des scènes de violence incroyables. C’est normal qu’il y ait des suspicions ». Militant associatif très actif, il est cofondateur du mouvement La Révolution est en marche, et se bat pour essayer de retisser le lien entre forces de l’ordre et population, distendu dans la commune. « Ce n’est pas normal qu’il y ait deux types de Français, reprend-il. D’un côté, ceux qui connaissent les bonnes personnes et bénéficient d’une vraie investigation, de l’autre les Français issus des quartiers à qui on accorde moins d’importance ».

L’attente de la nouvelle autopsie et l’absence d’explications ne font qu’empirer les choses. « Les mecs du quartier sont pressés. Ils veulent connaître la vérité, explique Billel. Depuis le début, je leur dis qu’il faut attendre l’information judiciaire, mais là, je ne peux plus les contenir ». L’Aulnaysien condamne fermement les violences qui ont agité sa ville ces derniers jours. « Je peux comprendre cette colère. Mais ça n’est pas la solution. Ça va être repris contre nous, contre Yacine ».

Alban ELKAÏM

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