Mercredi après-midi à Clichy-sous-Bois (93), loin de la Cour d’appel de Paris où un non-lieu contre les deux policiers poursuivis pour non-assistance à personnes en danger a été prononcé le même jour, une journée « jobs d’été » était organisée. La saison estivale approchant à grands pas, la  Maison de la jeunesse a décidé de donner un coup de main aux jeunes de la ville. McDonald’s, la RATP, l’Armée et bien d’autres ont répondu présents tout comme les jeunes Clichois et Clichoises venus y assister, certains en baskets-casquettes ou robes alors que d’autres ont opté pour un style plus strict, des garçons portant le costard.

Tout se déroule bien. Mais la nouvelle du non-lieu trotte dans certaines têtes. Mariam Cissé, l’une des porte-paroles des familles des deux jeunes morts électrocutés en 2005, Zyed et Bouna, est présente à ce rendez-vous « jobs d’été », « pendant que les autres sont à Paris », avec les avocats qui réclament le jugement des policiers impliqués selon eux dans la mort  des deux adolescents. « Les premiers concernés sont les parents. Relancer encore des procédures c’est long, cela fait plus de cinq ans maintenant. On retarde encore le deuil… »

Plus tôt dans l’après midi, l’avocat des familles, Jean-Pierre Mignard, avait déclaré à France Inter : « Nous avons en France un parquet politique, qui n’est pas indépendant, pas impartial. » Mariam Cissé a le même sentiment. Pour elle, la décision du non-lieu n’est pas anodine : « Indépendante je ne pense pas…  Depuis ce drame, moi, la justice, j’y crois plus trop. On ne s’attendait pas à cela, à un délai aussi long. Si les accusés avait été sur le banc de la partie civile tout aurait été différent. »

« Des enfants rentrent dans un transformateur, t’es flic, tu passes un coup de fil à EDF pour couper le courant ! C’est pourtant simple ! Le non-lieu rendu est un message négatif envoyé aux populations des quartiers populaires et dangereux concernant les violences commises par les policiers : vous pouvez continuer ! », s’indigne Faycal, la quarantaine, travailleur en centre social. Pour autant il ne se laisse pas abattre : « Qu’est-ce qu’on va laisser à nos enfants ? La justice a été aveugle aujourd’hui. Alors non je n’abandonnerai pas et il y a encore énormément de combats à mener dont l’emploi. » D’où la journée « emplois » d’hier, prévue de longue date.

S’agissant du dialogue de la population clichoise avec les policiers, « il n’y a pas eu de changements. On en croise tous les jours depuis l’installation du nouveau commissariat », dit Mariam. Selon elle, aucun syndicat n’a essayé d’aller vers les familles ou le collectif de soutien à celles-ci pour échanger et briser la glace.

Aladine Zaäane

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