Bondy Blog : Comment ont réagi les chauffeurs de bus après l’attaque du bus 302 samedi dernier ?

Ulysse Champion : Nous ne sous sentons pas en sécurité. Nous ne pouvons pas travailler dans ces conditions. J’ai reçu des SMS de collègues qui disent être très inquiets, certains souhaitent changer de secteur. Les conducteurs de bus sont tout le temps seuls, ils traversent des zones sensibles seuls, sans aucune protection. Nous avons peur d’y aller le soir. Aujourd’hui, nous sommes les seuls agents du service public à être présents tous les jours 24 heures sur 24 dans ces territoires. Même la police ne s’y rend plus ou très occasionnellement. Aux yeux de ceux qui nous attaquent, nous représentons l’État, nous sommes un symbole de l’État. Nous traversons certaines cités où il y a des trafics illicites alors cela dérange. C’est une manière de dire : « Vous nous faites chier à traverser nos quartiers, alors on vous fait chier aussi ».

Bondy Blog : Êtes-vous soutenus par votre direction ?

Ulysse Champion : Non, nous ne sommes pas soutenus par la direction. Elle a fait le choix de dévier les lignes de bus et de raccourcir le trajet de certaines d’entre elles. Ça n’est pas suffisant et c’est loin de résoudre nos problématiques puisque l’une des lignes, par exemple, s’arrête à même pas 300 mètres de l’endroit où a eu lieu l’attaque du 302 samedi dernier. Les conducteurs me disent qu’ils ne comprennent pas pourquoi leurs demandes ne sont pas prises en considération. Il n’y a pas de soutien pour nous accompagner le soir alors que le danger existe. Le climat se détériore. Dans ce même secteur, nous avons comptabilisé 4 tentatives d’attaque depuis le mois de juillet, deux ont abouti : le bus incendié non loin des 4 000, dans le quartier du Franc Moisin, à Saint-Denis et l’agression de samedi 22 octobre. Concernant cette dernière attaque, ce qui s’est passé est gravissime.

Bondy Blog : Que réclamez-vous pour pouvoir exercer votre travail dans de bonnes conditions ?

Ulysse Champion : Nous demandons à être protégés : il faut davantage de moyens humains pour sécuriser les lignes. Il n’y a pas de missions de sécurité en permanence mais juste temporaires. La direction ne nous propose que des bribes de sécurité alors que la situation est très grave. Pour le moment, il n’y a pas encore eu de blessés. Mais jusqu’à quand ? Il faudrait qu’il y ait un mort pour que les politiques et la RATP agissent et prennent leurs responsabilités. Nous sommes situés en Seine-Saint-Denis, en zones prioritaires, pourtant nous ne bénéficions pas de moyens suffisants pour être protégés.

Propos recueillis par Leïla KHOUIEL

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