Des centaines de personnes ont répondu présentes à la marche blanche organisée ce dimanche aux abords du centre pénitentiaire de Meaux-Chauconin. Venus de toutes parts, des jeunes mobilisés contre les violences policières ou institutionnelles, des collectifs (Justice pour Adama, Justice pour Gaye Camara), des associations et les proches de Jimony Rousseau ont bravé le froid et la neige de février pour demander que toute la lumière soit faite dans cette affaire.

Que s’est-il passé au quartier disciplinaire ?

Le 25 janvier dernier, Jimony Rousseau refuse de réintégrer sa cellule parce qu’il ne voulait pas s’y retrouver avec son co-détenu. C’est ce qu’on appelle un blocage. Moyen de contestation très répandu dans le milieu carcéral. Et surtout, une pratique qui mène inévitablement à une intervention des surveillants. Une intervention marquée par la violence, jusqu’au « QD » (Quartier disciplinaire). C’est le SAMU 77 qui viendra finalement chercher le jeune homme de 28 ans pour lui porter assistance. À ce moment-là, il se trouve en arrêt cardio-vasculaire. Jimony sera transféré à l’hôpital où il restera dans le coma. Il décèdera une semaine plus tard, le 2 février 2020. Mais que s’est il passé dans ce quartier disciplinaire ? C’est tout le but de la mobilisation, faire la lumière sur les dernières heures qui ont précédé la mort du jeune détenu.

Jimony Rousseau est décédé à 28 ans, après avoir été transféré dans le quartier disciplinaire du centre pénitentiaire de Meaux-Chauconin.

Le départ de la marche se fait depuis le centre commercial qui juxtapose le centre pénitentiaire. Tout le monde marche en silence, des centaines de personnes en rang, les unes derrières les autres, unies contre ce qui semble être une nouvelle violence de l’institution carcérale. Malgré le froid, de nombreux anonymes ont voulu être présent pour honorer la mémoire d’un jeune de banlieue, face à un système carcéral qui a trop de fois fait les mêmes victimes, sans faire la même justice pour tous.

Une foule silencieuse mais unie aussi contre ces incessantes violences qui s’acharnent toujours et encore sur les jeunes des quartiers populaires, contre le fait que la vie d’un jeune de ces quartiers ne compte peut-être pas autant que celle d’un autre citoyen issu d’une autre classe sociale. Les banderoles en tête de cortège réclament la justice et la vérité pour Jimony, pour que sa famille et ses proches puisse faire leur deuil.

Les surveillants détenaient le destin de Jimony entre leurs mains. 
Jimony né en 1993, était incarcéré à Meaux-Chauconin en attendant son jugement depuis seulement trois semaines. Il était incarcéré pour des faits de violences conjugales. Sa femme, qui souhaite rester dans l’anonymat, soudée au reste de la famille est bouleversée, renversée et démunie face à cette situation. « Les surveillants détenaient le destin de Jimony entre leur mains », témoigne un proche qui souhaite aussi rester anonyme.

Énormément de monde présent pour cette marche blanche.

Jimony venait de Lagny-sur-Marne (Seine-et-Marne). Il était en formation dans la fibre optique. Ses amis sont choqués, en colère, tristes et révoltés. Certains veulent tout casser afin d’extérioriser leur colère, d’autres sont plus mesurés et appellent à l’apaisement. Les débats s’enchaînent pas très loin du quartier de Lagny où il habitait, là ou ses amis ont l’habitude de se retrouver.

« Repose en paix », peut-on lire sur la banderole en tête de cortège. 

Ses proches accusent les surveillants pénitentiaires de l’avoir passé à tabac. Un surveillant interrogé par l’AFP a déclaré sous couvert d’anonymat que le détenu avait été « roué de coups » et notamment à la tête alors qu’il était « menotté et maîtrisé au sol ». Le ministère de la justice a diligenté une enquête.

Devant le centre pénitentiaire ce dimanche, les prises de parole se sont succédées avec toutes le même but, celui de la justice et de la vérité. Deux droits que les quartiers n’ont malheureusement de cesse de réclamer.
Samir Benguennouna

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