Plusieurs centaines de personnes ont manifesté dans la capitale, ce samedi, pour réclamer justice après le décès du jeune homme, interpellé en juillet dernier par les gendarmes. Reportage.

Il est 13h00 quand la famille d’Adama Traoré accueille les  premiers manifestants place du Châtelet à Paris. Le jeune homme de Beaumont-sur-Oise (95) est décédé le 19 juillet 2016, jour de ses 24 ans après une interpellation des gendarmes de la commune voisine de Persan. Une grande banderole se déplie en tête du cortège. « Faisons front contre l’impunité des gendarmes« .

La famille Traoré sont bien entourés. Des amis, des proches, filtrent la cohue médiatique qui tente d’approcher la mère, les frères et les sœurs d’Adama. « On nous dit que la justice est longue à donner des résultats. Mais elle peut aller très vite pour certains. Très lentement pour d’autres« , affirme au Bondy Blog, Awa, sa soeur jumelle, venue de Valenciennes.

Cortège en hommage à Adama Traoré, samedi 5 novembre 2016. Elsa Goudenège / Le Bondy Blog

Cortège en hommage à Adama Traoré, samedi 5 novembre 2016. Elsa Goudenège / Le Bondy Blog

Dans le cortège également, Mohamed Mechmache, porte-parole d’ACLEFEU, une association née après les révoltes de 2005 dans les banlieues au lendemain de la mort de Zyed et Bouna, à Clichy-sous-Bois. « Cela me rappelle de très mauvais souvenirs. Il y a une continuité insoutenable dans ces drames. On ne veut pas intenter un procès contre la police ou les gendarmes mais peut-on admettre que sous le prétexte d’un contrôle, des gamins ne rentreront plus jamais chez eux ? Même quand tout prouve qu’ils ont été victimes de bavures, on arrive quasiment jamais à avoir gain de cause ».

« J’ai peur pour nos enfants et pour les policiers »

Des jeunes manifestants préparent les banderoles pour la marche en soutien à Adama Traoré. Elsa Goudenège / Le Bondy Blog

Des jeunes manifestants préparent les banderoles pour la marche en soutien à Adama Traoré. Elsa Goudenège / Le Bondy Blog

Le cortège commence à se mouvoir. Beaucoup de manifestants arborent des maillots réclamant « Justice pour Adama ». Sur les pancartes, les derniers mots connus prononcés par Adama Traoré « Je n’arrive pas à respirer ». D’autres mentionnent des « Vérité pour Adama« . La foule scande ces slogans : « Pas de paix sans justice« , « On n’oublie pas, on ne pardonne pas » et bien sûr les « Adama !!! Adama !! Adama !! », lancés à pleins poumons. Le nom de la victime résonne tout le long du boulevard Sébastopol qui amène le cortège vers la place de la République. Mama Konaté, une mère de famille habillée en tenue traditionnelle malienne, n’est pas la dernière à s’époumoner. Elle confie avoir peur. « Peur pour nos enfants, peur aussi pour les policiers qui ont fait ça et qui devront vivre avec cette mort sur la conscience. Il faut que notre pays se ressaisisse« .

Cortège en hommage à Adama Traoré, samedi 5 novembre 2016. Elsa Goudenège / Le Bondy Blog

Cortège en hommage à Adama Traoré, samedi 5 novembre 2016. Elsa Goudenège / Le Bondy Blog

Les manifestants se sont déplacés des quartiers populaires de la capitale mais aussi de province. D’autres, peut-être plus étonnant, sont venus de Paris intramuros. Comme Bertrand, 27 ans, étudiant, et habitant du 11 e arrondissement. « On se sent concerné par la mort d’Adama Traoré parce que, durant les manifestations contre la loi Travail, nous avons vu la violence policière se déchainer contre nous. Pour être honnête, je ne sais pas si sans cet événement, j’aurais été aussi touché par ce drame ». Laurine, Parisienne aussi, est une habituée de ce genre d’événements.« Je manifeste pour les causes justes. Vouloir faire la lumière sur la mort d’Adama Traoré est la cause juste par excellence« .

« Le combat va être long »

« Les insultes, les remarques sexistes quand des victimes d’agressions sexuelles vont porter plainte, les violences verbales… Les femmes aussi sont exposées ». Ces mots sont ceux de Caroline qui tient dans ses mains une grande banderole où l’on peut lire « Féministes révolutionnaires contre les violences et l’impunité policière ». « Et puis Adama Traoré laisse une mère, des sœurs en deuil. Nous devons les soutenir dans leur combat« .

Sur le pas de leurs commerces, les boutiquiers du boulevard Sébastopol regardent le cortège passé. L’un d’eux, qui tient un magasin de meubles peste « contre cette journée foutue ». « Mais c’est rien, poursuit-il. Je soutiens complètement les manifestants et leur combat. Que justice soit faite ».

Le cortège arrive à République. La famille remercie tous les manifestants, 800 selon la police, bien que la foule s’étende sur 15 numéros de rue. « Le combat va être long, grâce à vous on va aller jusqu’au bout » déclare Lassana, un des frères de la victime. Même après la fin de la marche, Les « Adama !! Adama !! » résonnent encore longtemps place de la République.

Idir HOCINI

Crédits photos : Elsa GOUDENEGE

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