18 heures, devant le palais de justice de Paris : « Pas de justice pas de paix » est repris en cœur, par les quelques 200 personnes présentes devant le tribunal, en soutien à la famille Camara. Une petite foule encerclée par un impressionnant dispositif policier déterminé à les disperser.

 Je pense que le non-lieu sera confirmé.

Quelques minutes plus tôt les proches de Gaye sortaient du tribunal, les visages fermés et rendaient compte de l’audience. Même si la décision sera rendue le 21 janvier prochain, tout laisse à croire qu’on s’achemine vers la confirmation d’un non-lieu d’après leur avocat Me Yassine Bouzrou :  « au regard de ce refus d’entendre les arguments des parties civiles aussi bien en ce qui concerne l’IGPN qui a fait une enquête partielle, qu’en ce qui concerne la juridiction Européenne des Droits de l’Homme, je pense que le non-lieu sera confirmé. »


Une prise de parole a été organisée suite à l’audience où la famille Camara et ses soutiens se sont exprimés. 

Parmi ces soutiens présents ce soir-là, les comités Adama, Justice pour Ibrahima Bah, Fatima Ouassak du Front de Mère, Nordine Iznasni et Samir Elyes du MiB ou encore des représentants politiques de gauche tels qu’Eric Coquerel et Olivier Besancenot. Pour l’ex-candidat à la présidentielle, « il faut qu’on puisse discuter de ces grands tabous que sont les violences policières et poser la question de la justice, puisque les deux tiers de ces affaires sont classées sans suite. Il faut discuter de la légitime défense évoquée systématiquement par les FDO ».

Une atmosphère tendue

Dès leur arrivée en milieu d’après-midi, une grande partie des soutiens et militants, pourtant calmes, est nassée devant le Palais, par les forces de l’ordre. Les policiers en nombre, leur refusent l’accès et veulent endiguer leur présence sur la voie publique. Une méthode qui n’est pas sans rappeler celle des dernières manifestations au cours desquelles les forces de l’ordre coupent le cortège, dans le but de diviser le rassemblement et minimiser l’effet de masse.

Cette pression policière génère des tensions qui s’accentuent au fur et à mesure que les effectifs en uniformes augmentent face aux soutiens. Elle atteint son apogée vers 18h15 lorsque les CRS et la BRAV M  (Brigades de répression des actions violentes motorisées), font leur apparition et obligent la foule à traverser le pont Saint-Michel en direction la place du Châtelet où le Comité Gaye Camara mais aussi Assa Traoré prendront finalement la parole. Une question se pose parmi les gens réunis pour le suivi de l’audience :  pourquoi un tel dispositif face à un rassemblement pacifique ?

La légitime défense pour justifier une mort par balles

Pour rappel, la nuit du drame, du 16 au 17 janvier 2018, Gaye Camara est au volant d’une voiture accompagné de deux amis. Il arrête le véhicule et laisse descendre un de ses amis qui monte alors dans une seconde voiture déclarée volée et surveillée par la BAC. La police interpelle le passager, puis tente d’arrêter le véhicule conduit par Gaye qui a redémarré entre-temps. Le fonctionnaire tire à huit reprises. Une balle atteint Gaye dans la tête.

Le jeune homme décédera le lendemain. En octobre 2019, la justice prononce un non-lieu, et suit ainsi les conclusions de l’enquête de l’IGPN, qui invoquent la légitime défense pour justifier les tirs. La famille Camara partie civile dans cette affaire avait alors fait appel de cette décision.

Nous irons jusqu’à la Cour Européenne Des Droits de l’Homme. 

Pour Maître Yassine Bouzrou, un délibéré favorable semble compromis compte tenu du déroulé judiciaire. « ll n’y aura jamais de reconstitution, ni visionnage des vidéos des caméras de télésurveillance, ni même d’audition pour les magistrats instructeurs des policiers incriminés ».

De son côté Mahamadou Camara, le frère ainé de Gaye confirme sa détermination à continuer le combat jusqu’au bout. « On s’y attend, mais quoi qu’il en soit nous n’abandonnerons pas. Si le non-lieu est confirmé nous irons jusqu’à la Cour Européenne Des Droits de l’Homme réclamer justice ! », clame celui qui porte le combat depuis bientôt trois ans, avant de conclure : « le combat Gaye Camara n’est pas fini, on va le mener ensemble pour faire changer le système et cette justice qui protège des assassins».

Un rassemblement est prévu à Champs-sur-Marne, ce samedi à partir de 14 heures.

Céline Beaury

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