Alisha était arrivée en septembre 2020 en classe de troisième ‘prépa pro’ au lycée Cognacq-Jay. Une section qui permet aux élèves d’être accompagnés dans leur projet professionnel et de découvrir des métiers relevant de champs professionnels différents.

 Alisha c’était une fille super gentille, vraiment. Elle était réservée et elle ne faisait de mal à personne. 

Alisha est décrite par les élèves de l’établissement comme une jeune fille sérieuse et réservée. « C’était une bonne élève surtout en physique-chimie », révèlent deux élèves rencontrés aux abords de l’établissement. Inès, élève en seconde ASSP, Accompagnement Soins et Service à la Personne, connaissait personnellement Alisha. « Je parlais avec elle… Franchement Alisha était une fille super gentille, vraiment. Elle était réservée et elle ne faisait de mal à personne », confie Inès.

Comme beaucoup de ses camarades, l’élève est bouleversée par ce drame. Elle n’arrive pas à croire à la violence de la mort d’Alisha. « On ne peut pas enlever la vie d’une personne comme ça… elle se faisait harceler, on ne peut pas faire ça », ajoute Inès émue aux larmes.

Alisha était harcelée par deux élèves depuis le début de l’année. À l’origine du drame, un garçon et une fille âgés de 15 ans, dans la même classe qu’elle. En février dernier, le jeune garçon avait piraté le compte Snapchat de la victime en divulguant des photos intimes de la jeune collégienne. L’établissement avait décidé d’exclure temporairement l’élève en attendant son conseil de discipline. Ce conseil aurait dû avoir lieu le mardi 9 mars, le lendemain de la mort d’Alisha.

La veille, Alisha a été victime d’un guet-apens, où ses deux camarades l’ont violemment frappée avant de la pousser dans l’eau. La jeune fille a été retrouvée dans la Seine dans la soirée, le visage tuméfié. D’après l’autopsie la jeune Alisha est décédée par noyade. Le collégien et la collégienne à l’origine de la mort de la jeune fille  ont été interpellés dans la nuit du lundi au mardi. Ils ont été mis en examen pour l’assassinat d’Alisha. Ils encourent jusqu’à 20 ans de prison.

Un lycée sous le choc

Devant le lycée Cognacq-Jay, parmi les élèves silencieux et sous le choc, certains décrivent Alisha comme une collégienne sans histoire. « Je l’avais déjà croisée plusieurs fois dans les couloirs du lycée. C’était une fille calme, gentille et sincère », révèle Soane, élève en classe de première au lycée Cognacq-Jay. « Je suis sous le choc mais je pense aux parents… qu’est ce que ça doit être pour eux ! Ils ne doivent pas réaliser que leur fille soit partie… je leur souhaite du courage » complète la jeune fille.

Chirine, élève en classe de première, est elle aussi choquée par cette tragédie. « Ça me fait de la peine, la fille n’avait que 14 ans… Ses parents doivent être anéantis », déplore t-elle.

Depuis le 8 mars, le lycée Cognacq-Jay est devenu un lieu de reccueillement pour les habitants d’Argenteuil. Alors que le groupe scolaire est calme, un passant s’arrête en voiture afin de déposer une gerbe de fleurs devant l’établissement pour rendre hommage à l’élève de troisième. Quelques minutes plus tard, une femme, habitante d’Argenteuil, s’arrête devant les fleurs et les messages. « C’est ici qu’elle était scolarisée ? », demande t-elle. « C’est horrible, 14 ans… c’était une petite encore », regrette l’argenteuillaise.

Depuis la mort d’Alisha, l’atmosphère qui règne au lycée est morose. Les élèves vont en cours, tentent de reprendre leur vie quotidienne, mais le drame hante toujours les esprits. Têtes baissées, visages fermés, le regard fuyant sous les masques, les élèves continuent tant bien que mal les allers-retours entre la cour de récréation et les salles de classe.

L’ambiance est tendue, on est un peu tous bouleversé, c’est plus calme que d’habitude. 

Soane décrit l’ambiance singulière qui règne au lycée Cognacq-Jay, depuis l’assassinat d’Alisha : « Au lycée l’ambiance est tendue, on était un peu tous bouleversé, c’était plus calme que d’habitude Ça nous a fait un choc parce que c’est une personne de notre établissement… ».

Le harcèlement scolaire au cœur des préocupations

On voit ces histoires de harcèlement dans d’autres lycées. Et là ça arrive dans le nôtre. J’espère que ça va évoluer, à chaque fois on voit ces ‘courts-métrages’, mais il n’y a pas de changement. 

Alisha était victime de harcèlement par deux de ses camarades de la même classe. Les élèves de l’établissement condamnent à l’unisson ce harcèlement scolaire « C’est grave et ça ne sert à rien. Ça apporte que des problèmes, ça mène au suicide ou au crime… » blâme Chirine.

« On voit ces histoires de harcèlement dans d’autres lycées. Et là ça arrive dans le nôtre. J’espère que ça va évoluer, à chaque fois on voit ces ‘‘courts-métrages’’ (vidéos de préventions), mais il n’y a pas de changement » déclare Soane, qui espère avec d’autres, que des mesures seront prises pour lutter contre le harcèlement scolaire.

« C’est important de parler lorsque l’on est harcelé, il ne faut pas attendre pour se confier à un adulte même si ça peut faire peur », déclarent Tiphaine et Léa, lycéennes en classe de première.

Dimanche 14 mars, une marche blanche aura lieu en hommage à Alisha. Cette initiative a été mise en place par la famille de la défunte. L’enquête a été confiée à la police judiciaire de Cergy-Pontoise.

Le départ de la marche se fera aux abords du lycée Cognacq-Jay et se terminera au niveau du Parc des Berges.

Emeline Odi

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