Assa Traoré, la sœur du jeune homme décédé le 19 juillet 2016 à la gendarmerie de Persan suite à son interpellation, dénonce, dans une conférence de presse donnée par la famille ce 22 novembre à Beaumont-sur-Oise (Val-d’Oise), le comportement de la maire UDI, Nathalie Groux, et des gendarmes.

Quatre mois après le décès d’Adama Traoré dans les locaux de la gendarmerie de Persan, la famille du jeune homme affirme être la cible « d’énormes pressions ».« Notre cause, faire toute la lumière sur la mort de mon frère, est devenue nationale et internationale. Visiblement notre combat pour la justice gêne. Tout est fait pour nous déstabiliser », déclare sa sœur Assa Traoré qui a réuni ses soutiens devant la mairie de Beaumont-sur-Oise, ville où habite une grande partie de sa famille.

La conférence de presse, organisée par les proches d’Adama ce mardi 22 novembre, visait également à exposer leur version des événements de jeudi dernier lorsque la maire, Nathalie Groux, avait réuni le conseil municipal. « Elle voulait demander une dizaine de milliers d’euros aux habitants de Beaumont pour m’attaquer en justice. Nous avons été accueillis par un cortège de gendarmes et de policiers. Pourtant, avec des Beaumontois, nous sommes arrivés dans le calme », raconte Assa Traoré. Selon elle, le ton a monté quand ces derniers ont compris qu’ils ne pouvaient pas participer au conseil municipal pourtant ouvert au public. « Nous avons été gazés. J’ai veillé à ce que tout le monde quitte les lieux dans le calme. Une fois que nous sommes tous partis, les gendarmes sont arrivés dans le quartier de Boyenval pour une expédition punitive », poursuit la jeune femme.

En dehors de ce qu’Assa Traoré affirme être une provocation policière, la famille d’Adama reproche à Nathalie Groux son insensibilité face à leur deuil. La maire UDI n’a effectivement fait que peu de déclarations suite à la mort, dans des circonstances qui restent à éclaircir, d’un de ses administrés. Et il s’agit essentiellement des commentaires sur les violences à Beaumont qui ont fait suite au décès. Un silence qu’Assa Traoré lui a reproché dans Le Gros Journal sur Canal + : « Nous sommes des habitants de Beaumont depuis presque trente ans mais nous n’avons toujours pas eu de condoléances. Nous avons des bâtons dans les roues depuis le début, dès qu’on veut mettre quelque chose en place. Donc la maire a choisi son camp et de quel côté elle se met, du côté des gendarmes. Ce qui veut dire du côté de la violence policière. »

« Nous sommes déterminés plus que jamais ! »

Une déclaration qui n’a pas manqué de faire réagir l’édile de Beaumont. Cette dernière attaque Assa Traoré en justice pour diffamation. De plus, suite aux heurts de jeudi dernier, Youssouf et Bagi Traoré, les frères d’Assa, ont été placés en garde à vue pour outrage. « Nous réclamons justice. Nous sommes les victimes et on essaye de détruire notre cellule familiale comme si elle n’avait pas été déjà assez atteinte par la perte d’Adama dans des circonstances troubles, déplore Assa Traoré. Aux omissions du procureur de Pontoise, s’ajoute la plainte contre moi et les gardes à vue de mes frères. Tout cet acharnement a une conséquence : nous sommes déterminés plus que jamais ! »

La conférence de presse des proches de la famille Traoré devait coïncider avec la tenue d’un nouveau conseil municipal. Mais un communiqué de la mairie a finalement annoncé son report « à une date ultérieure » avant de motiver cette décision : « Nous souhaitons ne pas mettre en danger les Beaumontois et les personnels municipaux en raison des événements extrêmement graves survenus lors du conseil municipal du 17 novembre 2016 et suite aux menaces avérées circulant actuellement sur les réseaux sociaux ». Nathalie Groux et les réseaux sociaux, voilà une autre source de reproches pour la famille Traoré. « La maire a partagé sur son compte Facebook un appel aux citoyens de souche à s’armer pour aider la police », raconte Assa Traoré. Cette publication a bien été partagée par l’édile. D’ailleurs son compte a été supprimé.

Capture du 2016-11-23 18-07-02

L’incompréhension de certains habitants

A Beaumont-sur-Oise, personne ne comprend l’hostilité apparente affichée par leur édile envers cette famille en deuil. Assa Traoré la première : « On pensait que c’était une maire proche de ses habitants. Quand on a vu son comportement après le décès d’Adama, on n’a pas compris. Elle s’opposait à toutes nos actions, aucune condoléance, elle relaie des appels racistes, qui incite à la haine, à la violence et au port d’arme. »

Samia, Beaumontoise, est toute aussi surprise. « Jusqu’à aujourd’hui je n’avais pas entendu de mal de la maire. Je l’ai croisée quelquefois avant son élection, elle semblait être une personne gentille. Je suis vraiment surprise. Les premiers représentants de l’État avec qui vous avez un contact c’est la municipalité. Les Traoré habitent depuis des années à Beaumont, leurs enfants sont nés ici. Je trouve ça dur pour eux. », estime cette mère de famille.

Ayoub, jeune homme de 22 ans, habitant du quartier de Boyenval, ne tarit pas d’éloges sur son ami Adama. Il tente une explication aux mauvaises relations entre la maire et la famille Traoré. « Je pense que c’est un mauvais timing. Elle n’a pas su prendre position à temps. Elle n’avait pas prévu l’ampleur de la mobilisation autour d’Adama. Quand Assa a dénoncé son silence, elle s’est sentie attaquée. C’est malheureux d’en arriver là », avance-t-il avant de rappeler qu’à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), par exemple, la mairie (PS) a donné le nom d’une rue à Zyed Benna et Bouna Traoré.

Idir HOCINI

Mise à jour à 17h37 : Deux frères d’Adama Traoré, Bagui et Youssouf Traoré, interpellés quelques jours après les heurts survenus mi-novembre en marge du conseil municipal de la ville, sont jugés ce mercredi en comparution immédiate devant le tribunal de Pontoise (Val-d’Oise) pour violences et outrages contre des policiers en marge du conseil municipal mi-novembre.

Mise à jour : Bagui et Youssouf Traoré ont été placés en détention provisoire dans l’attente de leur procès le 14 décembre.

Articles liés

  • Marche blanche pour Yusufa à Saint-Etienne : « c’est un frère noir qui a été tué »

    Environ 500 personnes sont venues rendre hommage samedi 5 juin à Yusufa, Sénégalo-Gambien de 26 ans, mort après avoir été poignardé à Saint-Etienne la nuit du mercredi 26 mai. La marche, organisée par la famille de la victime et le collectif JIAS (Journée de l’initiative africaine de Saint-Etienne), s’est déroulée dans le calme et le recueillement avec un mot d’ordre : « Justice pour Yusufa ». Reportage

    Par N’namou Sambu
    Le 07/06/2021
  • Choc à Cergy après l’agression négrophobe d’un livreur

    A la suite de l’agression physique d’un livreur à Cergy, dans la nuit du 30 au 31 mai, enregistrée et diffusée sur les réseaux sociaux, un rassemblement a réuni une centaine de personnes devant le restaurant le Brasco. Une majorité de jeunes ont été présents afin de faire entendre leur indignation, leur colère et leurs différentes revendications, face à une agression à caractère négrophobe. Reportage. 

    Par Amina Lahmar
    Le 01/06/2021
  • Yasemin, mère de quatre enfants, tuée par son ex-conjoint : sa famille privée de deuil

    Le 23 décembre 2020, les proches de Yasemin Cetindag tentent de la contacter. Les nombreux appels et sms laissés à la jeune femme de 25 ans, resteront sans réponse. Cinq jours plus tard, elle est retrouvée enterrée dans la forêt de Vendenheim, à 10 kilomètres de Strasbourg. Son ex-conjoint a avoué le meurtre. 4 mois après le drame sa famille tente de se reconstruire.

    Par Camille Bluteau
    Le 25/05/2021