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Ce mercredi, pour la deuxième soirée consécutive, ils étaient environ 200 à s’être rassemblés près de la station de métro Ménilmontant avec un seul mot d’ordre : justice pour Théo et tous les autres. Reportage.

C’était l’affaire de trop. Celle qui s’ajoute aux nombreuses autres ces dernières années. Adama Traoré, avant lui Rémi Fraisse, avant lui Amine Bentounsi, avant lui, Zyed Benna et Bouna Traoré… Les manifestants en ont marre. Ce mercredi dès 18h, le rassemblement dans le quartier populaire de Paris, Ménilmontant, résonne comme un hymne hanté de la terreur. Ici, des justiciers ont voulu rendre hommage à Théo et demander justice. C’est la deuxième soirée consécutive qu’ils viennent se rassembler ici.

« Ce rassemblement, c’est pour Théo et tous les autres »

Un manifestant filme les policiers ce mercredi 8 février, Ménilmontant, Paris.

Un manifestant filme les policiers ce mercredi 8 février, Ménilmontant, Paris.

« Ceux qui ne devaient uniquement « serve and protect » ont plutôt « serve and protect…my ass”, lance un manifestant, amoureux des slogans punchline. Ici, il y a tous les âges, tous les profils. Des groupes plus ou moins homogènes sont formés. Louis, étudiant en biologie, a le visage caché par une écharpe polaire. « Ce rassemblement c’est pour Théo et tous les autres ». Les manifestants sont encerclés par une bonne trentaine de policiers. A quelques mètres, un léger feu jaillit d’une poubelle enflammée, appuyée sur un arrêt de bus. Autour, quelques manifestants se réchauffent. Les autres sont debout. Un des serveurs du café d’à côté a bien du mal à comprendre.« On n’aime pas ça les manifestations, ça ne nous amène pas de consommateurs. Les manifestants viennent s’y protéger ou rester au chaud. On n’y gagne pas grand chose ». Business is business.

« François Hollande au chevet de Théo, c’est un coup médiatique »

Autour d'une poubelle enflammée, des manifestants se réchauffent, Ménilmontant, Paris.

Autour d’une poubelle enflammée, des manifestants se réchauffent, Ménilmontant, Paris.

Laura, Mounir et Elyas sont trois étudiants en science de l’éducation, dégoûtés des politiques, de cette campagne. « Je n’irai pas voter », lancent-ils quasiment tous en choeur. « François Hollande qui se rend au chevet de Théo, c’est un coup médiatique. C’est comme ça qu’il pense calmer le jeu », affirme Mounir. Non loin de là, la place commence à se vider. Le métro n’est toujours pas ouvert à la station Ménilmontant fermée momentanément. « Les agents de la RATP sont une deuxième police. On vit sous le gouvernement de la préfecture », poursuit Mounir.

« Ils se protègent les uns les autres »

Les forces de l'ordre ont encerclé la station de métro Ménilmontant, Paris.

Les forces de l’ordre ont encerclé la station de métro Ménilmontant, Paris.

La manifestation se poursuit. Un jeune animateur de 39 ans est passé par là. Il s’occupe des plus jeunes dans le 19ème arrondissement, rue Petit. Il en a connu des contrôles au faciès, nous raconte-t-il comme ce jour où un groupe de jeunes se trouvait dehors quand la police les a dégagés. « Je suis frustré par tout ce qui se passe », lance-t-il avec un regard désorienté. Et pourtant, ce n’est pas faute d’avoir essayé ». Il a tenté une médiation entre la police et la population, en vain. « Il est nécessaire d’instaurer le dialogue ! J’ai eu à faire à une dame, qui a été embrouillée car elle avait une grosse somme d’argent sur elle. Ils pensaient que c’était dû à un trafic de drogue mais c’était une tradition dans sa famille : avec d’autres femmes, elle mettait l’argent en commun, la tontine« . S’en est suivie une perquisition de six heures, la routine, dit-il. « Je ne dis pas que c’était mieux avant mais on pouvait davantage discuter avec les policiers. Aujourd’hui, ils sont très froids », regrette-il, le regard nostalgique. « Le président aurait dû faire un discours lors de sa visite de Théo annonçant une mission d’étude sur les violences policières, quelque chose. Mais ils se protègent les uns les autres et oublient leur mission première : celle de protéger les citoyens ».

Yousra GOUJA

Crédit photo : Felipe PAIVA

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