14h30, quartier Vernet Salanque à Perpignan, cité Saint-Génis des Tanyères, cage d’escalier du bâtiment 4. C’est le mois de juillet dernier, je reviens du Lidl tout proche, où j’ai acheté deux bières pour attendre Yacine*. Je poireaute déjà depuis une demi-heure… 

L’endroit est plutôt paisible. Je suis un gosse d’un village d’agglomération, je n’ai jamais eu d’embrouilles. A ma connaissance, cette citée n’est pas trop mal réputée. Seuls quelques jeunes de la citée d’à coté viennent parfois avec des pistolets à billes provoquer les habitants de Saint-Génis.
Mais ce n’est pas la jungle : les quartiers de Perpignan restent vivables.

J’entends enfin une porte claquer, au septième ; signe de l’arrivée imminente de mon pote. Il dévale l’escalier comme un éléphant, et atterrit devant moi qui peste sur son retard avant de lui tendre une des deux bières que je viens d’acheter. Nous partons chercher son cousin, dans le Haut-Vernet.

Pendant que nous prenons le bus, j’essaye désespérément de le joindre sur son portable pour le prévenir de notre arrivée. Arrêt Hôpital : nous descendons pour emprunter cinq-six ruelles qui mènent jusqu’à la barre d’immeuble où vit la tante de Yacine.

Les rues sont propres, mais les murs très dégradés. Des jeunes s’amusent à cabrer avec leurs scooters. Plus loin, une petite bande est assise devant une tour ; ça discute, ça rit, ça s’énerve, ça fume. En ce début d’après midi, l’ambiance est tranquille. Arrivé devant l’immeuble du cousin de Yacine, une patrouille de la BAC passe devant nous.

Je ne le sais pas encore, mais moi, petit Français, je vais être témoin d’une scène qui m’est encore inconnue – pour preuve, elle ne se déroule qu’en banlieue et j’habite à l’extérieur de ce milieu.
J’entends une voix féminine répondre à l’appareil. C’est la tante de Yacine, qui m’explique que son fils est sous la douche. Yacine rit d’un air je-m’en-foutiste : avec le retard déjà accumulé, nous ne sommes plus pressés… Il part s’asseoir sur un banc, de l’autre côté de la rue. Je le suit pour terminer ma bière et attendre que son cousin veuille bien sortir. L’endroit est désert. Seuls des gosses, tout au fond, s’amusent sur des balançoires. 

Les flics passent à nouveau : ils sont trois à l’intérieur de leur voiture et nous toisent comme pour nous reprocher notre présence sur ce banc.

Au coin de la rue, ils se garent et deux s’amènent vers nous, calmement. L’un d’eux porte à la main une sorte de pistolet noir, mais avec pour canon un gros tube. Je vois pour la première fois un Flash-Ball.

J’interroge Yacine du regard. Il reste de marbre, comme pour me signifier qu’il ne faut pas s’inquiéter. Dans ma tête, des images de courses-poursuites me traversent.

Sylvain Roux (Lycée Aristide Maillol)

(Racontée ainsi, la réalité la plus banale devient haletante: comment ce contrôle de police va-t-il s’achever? Vous le saurez en retrouvant Sylvain demain sur le Bondy Blog)

 *Prénom modifié

Sylvain Roux

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