Il y a des morts qui ne s’expliquent pas, d’autres qu’on ne pardonne pas. Comme Abou Bakari Tandia, Zyed Benna et Bouna Traoré, Fethi Traoré, Vilhelm Covaci, Taoufik El-Amri, Guillaume Perrot, Raouf Taïtaï et Tina Sebaa, Lamine Dieng, Elmi Mohammed, Joseph Randolph, Larami Samoura et Moushin Sehhouli, Reda Semmoudi, Baba Traoré, Abdelakim Ajimi, Joseph Guerdner, Naguib Toubache, Hakim Djellassi, Mohammed Bemouna, Yakou Sanogo, Mohamed Boukourou, Lassana Diarra, Karim Boudouda, Luigi Duquenet, Louis Klinger, Mamadou Marega, Mostefa Ziani, Wissam El-Yamni, Ahamadou Maréga, Amine Bentounsi, Youssef Mahdi, Yassin Aïbeche Souilah, Lahoucine Ait Omghar, Loic Louise, Bertrand Nzohabonayo, Dorel Iosif Floare, Houcine Bouras, Timothée Lake, Rémy Fraisse, Abdoulaye Camara – et tant d’autres, celle d’Ali Ziri, 69 ans, fait partie de ces dernières.
Comment peut-on accepter qu’un citoyen soit tué par certaines forces de l’ordre censées protéger les citoyens ? Comment expliquer que l’usage du taser, des armes à feu ou tout simplement des coups et étranglements fasse partie des pratiques policières au XXIe siècle ? Comment expliquer que la justice déclare généralement des non-lieux face à des familles éplorées, dévastées et impuissantes ? Doit-on sous-entendre que les citoyens français ne sont pas tous égaux ?
Nous ne sommes plus en 1961 où l’on noyait des Algériens dans la Seine. Nous ne sommes plus dans les années 1980 où l’on « espérait » que les fils d’immigrés rentreraient « chez eux ». Nous sommes en 2015 dans une société où être basané signifie toujours « venir d’ailleurs » et où être français signifierait « être de race blanche » – pour ne pas citer Nadine Morano qui a récemment fait les choux gras de la presse.
A deux ans de la prochaine élection présidentielle où le Front National va encore grignoter des voix, Luc Caster nous livre un documentaire intime sur la mobilisation de la société civile face au décès d’Ali Ziri. Un père de famille qui allait prochainement marier l’un de ses fils et venait de fêter cela avec son ami Arezki Kerfali. Lorsque la police les arrête pour un contrôle routier le 9 juin 2009 et les mène en garde-à-vue, aucun des deux hommes ne s’attend à ressortir ainsi : Arezki Kerfali, le visage tuméfié, Ali Ziri, décédé.
A la manière de Bonny Anoman en 2011 avec Justice pour Lamba (sur l’affaire Lamba Soukouna, victime d’une agression policière en 2008, et atteint de drépanocytose), Luc Decaster nous livre un cinéma-témoin, engagé et citoyen, témoignant des cinq années passées aux côtés des familles des victimes et de la société civile, mobilisée pour obtenir la vérité. De réunions en manifestations, sa caméra suit les pérégrinations de toutes ces personnes réunies pour faire éclater « Justice et Vérité ». « Nous ne faisons pas le procès de la police ni le procès de la justice mais le procès de ces policiers et ces procureurs-là qui ne jouent pas leur rôle », clame le père d’un adolescent décédé. Comme une bouteille à la mer, Qui a tué Ali Ziri ? interroge. Et attend toujours une réponse de l’Etat.
Claire Diao
Pour revenir sur l’affaire Ali Ziri :
Ali Ziri, 69 ans, mort lors d’un contrôle de police : un drame qui ne passe pas
« Justice pour Ali Ziri »
Affaire Ali Ziri : vers un pourvoi en cassation
Qui a tué Ali Ziri ? de Luc Caster – France – 2015 – 91min
En salles Projection samedi 10 octobre à 20h30 au Cinéma le Figuier Blanc, 16-18 Rue Grégoire Collas, 95100 Argenteuil. En partenariat avec l’Association pour la défense du cinéma indépendant des films d’auteurs et des salles arts et essai, de l’ATMF, Association des Travailleurs Maghrébins de France et du Collectif « Vérité et Justice pour Ali Ziri »
 
httpv://youtu.be/VbWiXtTb0j8

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