Le souvenir de la mort des deux adolescents, Zied et Bouna, décédés en 2005 est toujours fort dans la commune. Huit ans de deuil et d’espoir, celui de voir le procès des deux policiers aboutir pour commencer le travail de mémoire et connaître l’histoire.

La cérémonie de commémoration de la mort de Zyed Benna et de Bouna Traore, survenue le 27 octobre 2005, a débuté à 9h40 sous une pluie battante. Cela n’a pas découragé les habitants et amis. Représentants associatifs et politiques étaient aussi présents : Olivier Klein (Maire de Clichy-sous-Bois), Samir Mihi (Président de l’association Au delà des Mots), Mohamed Mechmache (Association ACLEFEU), Mariam Cissé (Conseillère municipale déléguée à la politique de réussite éducative et aux jeunes talents). Du côté des familles, Adel Benna et Siaka Traore, les frères des victimes, étaient là.

Clichy1Clichy1Une minute de silence a précédé le dépôt de gerbe et quelques mots de l’actuel maire (qui n’était pas élu au moment des faits, il a remplacé Claude Dilain). « Ce drame est toujours présent dans les têtes et dans les cœurs de beaucoup d’habitants ». Puis, amis et anonymes ont déposé à leur tour une fleur blanche sur la stèle. Mariam Cissé, cousine de Bouna confie les raisons de ce rassemblement annuel qui, cette année, s’est organisé à la dernière minute  : « Ce recueillement permet de ne pas les oublier. C’est pourquoi nous avons organisé ce rassemblement devant la stèle. Nous nous sommes quand même demandé cette année, s’il fallait continuer ou arrêter ».

Au départ, il était prévu d’organiser uniquement un tournoi de foot. Finalement, les deux événements ont eu lieu. Et c’est au gymnase Armand Desmet que s’est poursuivi le rassemblement. « C’est la troisième année que ce tournoi est conduit. Les jeunes viennent avec un esprit tranquille » ajoute-t-elle. Dès l’arrivée dans le gymnase, tout s’organise, chacun sait ce qu’il a faire entre la préparation des repas, la musique ainsi que la répartition des équipes.

C’est le tournoi filles qui ouvre l’événement. Côté son, plusieurs morceaux sont lancés. Ces titres avaient été chantés en 2005 par beaucoup de rappeurs, mobilisés après la mort des adolescents. Pour de nombreux jeunes, l’émotion reste la même, huit années après. Yassine, (le Dj de la journée) a 18 ans. Il se souvient. Il avait 10 ans à l’époque : « Le 25 octobre 2005, je revenais de l’école. Je marchais dans la rue et tout d’un coup l’électricité s’est coupée. Cela me paraissait bizarre. Je voyais des gens en train de courir et crier que deux jeunes étaient morts dans un transformateur EDF. Je me suis précipité chez moi pour regarder les infos, mais ils n’en parlait pas encore à ce moment-là. Et c’est donc, le lendemain que j’ai appris qu’il s’agissait de Bouna et Zyed. Je ne les connaissais pas personnellement, mais plutôt la famille de Bouna surtout son petit frère, car nous avions grandi ensemble. À chaque fois que je le voyais, je pleurais, j’avais mal pour lui ». Il ajoute « ce tournoi de foot est pour Zyed et Bouna. Avant leurs décès, leurs amis et eux étaient partis sur un terrain de foot pour y jouer. Et donc, si ce tournoi a été organisé s’est aussi pour ce remémorer le jour où ils étaient en train de jouer ».

Le futur procès à Rennes

Pour Mariam Cissé « le combat n’est pas terminé. Il va y avoir un procès ». La date n’est pas encore connue. « Depuis 8 ans, nous attendons une issue à ce drame. Ça serait pour la famille, un aboutissement de savoir qu’il y a un procès. Cela montrera que la justice ne les a pas oubliés et que nous allons pourvoir enfin faire notre deuil tranquillement », ajoute-t-elle. Le 20 septembre dernier, la cour d’appel de Rennes a décidé de renvoyer les deux policiers devant le tribunal correctionnel pour « non-assistance à personne en danger ».

Clichy4Le parquet général et les deux policiers ont décidé de ne pas se pourvoir en cassation. Auparavant, les juges de Bobigny avaient envoyé les deux fonctionnaires, en 2010, déjà dans un premier temps en correctionnelle avant finalement que la Cour de cassation ait ordonné en octobre 2012 une nouvelle procédure à Rennes. Enfin, le parquet général de la cour d’appel de Paris, mais aussi celle de Bobigny, avaient requis un non-lieu. Quant à l’IGS (Inspection générale des services), elle a indiqué dans son rapport que les policiers n’avaient commis aucun « manquement ».

Muhittin Altun (17 ans au moment des faits) avait été grièvement brûlé. Mariam Cissé a de temps en temps des nouvelles de ce jeune homme : « ça va mieux pour lui. Il a connu des périodes difficiles. J’ai envie de dire, c’est un peu normal, après tout ce qu’il a vécu. Pour lui, c’est compliqué d’avoir survécu. Il a sur ses épaules des choses compliquées. Il se cherche et j’espère qu’il trouvera une issue à tout ça ».

Pour Olivier Klein,  ce procès permettra de mieux comprendre les circonstances de cette tragédie : « J’ai toujours pensé qu’il fallait ce procès. Un procès est un débat public. On pourra à travers ce procès comprendre le déroulement des choses dans cette soirée dramatique et avoir pour les familles un éclaircissement sur la manière dont les choses se sont déroulées. Je ne préjuge pas sur la culpabilité ou non des policiers. Ça sera au juge et au procès de le déterminer. Ce procès est un débat public ou chacun pourra avoir la parole, les témoins et les familles ainsi que les policiers pour se défendre. À l’issue de ce procès, on aura une meilleure compréhension dans la manière dont les choses se sont déroulées ».

Président de l’association Au delà des mots, Samir Mihi explique : « Huit ans après, nous pouvons qu’être satisfait. Peu importe l’issue du procès. Ce qui compte est qu’il y a un procès pour qu’enfin les familles ont un statut de victimes ce qu’il n’avait pas avant la décision d’ouvrir un nouveau procès. Et qu’enfin, on reconnaisse que Zyed et Bouna ne soient pas morts pour rien ».

La mort de Zyed et Bouna en 2005 avait provoqué des émeutes dans les banlieues, un peu partout en France, pendant trois semaines. Depuis, y a-t-il eu des changements dans cette ville ? « Oui des choses ont changé ! Quand même c’est un peu normal. Huit ans après, si on était resté au même stade ! Franchement, ça serait assez sévère pour les habitants de Clichy-sous-Bois. Nous avons un nouveau commissariat et de nouvelles habitations. Mais, le plus gros du travail reste avec les habitants : important taux de chômage, éducation des enfants… Un nouveau collège est en train de se reconstruire ‘Louise Michel’. Il faut vraiment aider concrètement les habitants et mettre les professeurs les plus aguerris dans nos écoles. Mais aussi, mettre les fonctionnaires de police les plus aguerris dans nos commissariats. Aider à la réinsertion professionnelle et scolaire. Et c’est comme ça qu’on pourra s’en sortir ! » conclut Samir Mihi.

Hana Ferroudj

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