Inspecteur Derrick, Colombo, Alerte Cobra, ces séries policières, et tant bien d’autres, ont bercé mon enfance. Comme les Funky Cops, de la série du même nom, je rêvais d’arrêter des gangsters sur des tubes endiablés des stars du disco. Ainsi en grandissant, j’avais une certaine admiration pour les hommes de l’ordre, les inspecteurs de police ainsi que la police en général. En outre, à cette période de ma vie, l’image de l’homme en uniforme qui demeurait dans ma conscience était celle d’une personne « cool », avec des valeurs morales, dont le rôle principal est de rassurer la population tout en veillant sur la ville.

Seulement voilà, à l’âge de 15 ans la réalité me rattrape, au moment où  je me retrouve, les deux mains sur un mur et les jambes écartées, à être palpé par un policier pour un contrôle d’identité, mon premier contrôle d’identité. Bien qu’un peu chamboulé par ce contrôle puisque je n’ai enfreint aucune loi, je relativise la chose en me disant que ces messieurs ne font que leur boulot. Toutefois, ce relativisme, a  laissé place à une incompréhension au cours des  autres contrôles. De fait, je ne comprenais pas pourquoi j’étais sujet aux contrôles d’identité dans la mesure où je n’enfreignais aucune loi.  J’ai commencé  alors à méditer sur ce traitement, l’avais-je mérité ? Pas si sûr. Car je n’ai rien d’un délinquant, ni d’un dealer. D’ailleurs je ne suis ni consommateur ou dealer de drogue, ni connu des services de police.

J’ai alors fait le choix de poser la question à un agent de police, respectueux, lors d’un énième contrôle survenu au cours d’une balade à la foire du trône S’en est suivi une conversation surprenante.

Moi : « Pourquoi vous nous contrôlez et pas eux ? (le « eux » désignant des jeunes de type caucasien). Celui-ci étonné par la question et visiblement gêné, répondit : « J’ai reçu l’ordre de palper des gens comme vous ».

Moi : Des gens comme nous ? Franchement vous nous trouvez dangereux  par rapport à eux ?

Lui : Non

Moi : Ils devraient donc être contrôlés ?

Lui : Je ne fais qu’obéir aux ordres Monsieur. »

Durant ces expériences fort désagréables,  j’ai constaté avec effroi que ces messieurs en face de moi n’avaient aucunement la sympathie des flics de la télé tant il est vrai qu’aujourd’hui encore, lors de ces contrôles, le ton employé est agressif, parfois irrespectueux, malgré mon calme apparent. « Mets tes mains là, et ne bouge pas », « qu’est ce que t’as dans la poche ? », « vide tes poches », « ne bouge pas je t’ai dis ». Apparaît alors un agacement que je n’exprimerai jamais devant ces hommes au risque de voir un rapport de force s’installer ou d’être accusé d’outrage à agent. Le respect que j’avais jadis pour cette profession s’efface peu à peu pour laisser place à une méfiance  grandissante à laquelle vient s’ajouter une frustration bien réelle.

Ces sentiments d’agacement et de frustration se transformeront en haine  suite à une agression commise par des hommes de l’ordre sur ma personne. La scène se passe à un arrêt du bus 183. Mon ami et moi attendions patiemment le bus quand un véhicule  de police, occupé par cinq policiers,  s’arrêta  à notre hauteur.  L’un des policiers assis à l’arrière du véhicule nous inspecte visuellement et nous défie du regard. Nous ne flanchons pas et relevons le défi. Chose qu’il signale, après avoir effectué le signe des cornes à son collègue assis à ses cotés, qui nous fixe à son tour. Puis, lorsque la voiture démarra, mon ami et moi recevons sur le haut du corps  un jet de liquide nauséabond dont l’auteur n’est autre que l’un des policiers qui occupe le véhicule. Une blague de potiche ? Non, car si le geste avait été dans le sens inverse, mon ami et moi, nous nous serions trouvés plaqué au sol, les mains dans le dos avec des menottes aux poignets, le corps sûrement décoré de quelques marques de bottes. Nous décidons de ne pas répliquer. Ces hommes de loi, ou plutôt ces voyous, prennent la fuite.

Après avoir repris mes esprits, je me dis que nous avons atteint le point de non retour. La messe est dite ! Une relation de haine vient d’être installée entre la police et moi puisque la frustration et l’agacement  ressentis  lors des contrôles d’identité additionnés se transforment en une haine contre la police. Une haine, que j’estime légitime eu égard aux comportements des polices auxquels j’ai eu affaire durant mon existence.

Toutefois rassurez-vous, je n’exprimerai jamais cette haine à travers une agression verbale ou physique. A moins d’être en état de légitime défense. Et aux personnes qui me diront qu’il existe des flics « bons » et des flics « cons », je leur retoque que, bizarrement, tous les flics que j’ai croisés étaient crétins. A l’exception d’un ou deux.

Mohamed K.

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