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C’est dans une salle pleine à craquer située dans le quartier Montorgueil qu’Assa monte sur scène, un béret noir vissé sur la tête, à la manière des Black Panthers. A ses côtés, son frère Youssouf, accompagné de Lotfi et « Doums », deux amis proches d’Adama. Derrière eux, le musicien Cherif Soumano joue du Kora, cet instrument traditionnel originaire du Mali.

La jeune femme ouvre le bal avec la lecture de son « J’accuse », inspiré du célèbre pamphlet de Zola. Dans ce texte, diffusé il y a quelques mois sur les réseaux sociaux, elle cite notamment les noms des gendarmes présents le jour de la mort d’Adama. C’est ce qui lui vaut aujourd’hui des plaintes pour diffamation, mais peu importe. Assa persiste et signe. Chaque « J’accuse » est repris massivement par la foule.

Youcef Brakni, membre du comité Adama, prend ensuite la parole. Il présente en exclusivité le teaser du documentaire « Pour Adama » réalisé par Hamé (La Rumeur), qui sortira en salle courant 2020. Quelques minutes poignantes au cours desquelles le public semble conquis. Le militant des quartiers populaires évoque dans la foulée les soutiens du comité aux Etats-Unis, puis explique que cette campagne vise avant tout à ne pas laisser Assa Traoré seule face aux procès qui l’attendent, tant financièrement que sur le terrain et face aux juges.

C’est la raison d’être du rassemblement qui a lieu ce mardi soir. Depuis l’automne, Assa Traoré est l’objet de quatre plaintes, toutes en lien avec le combat pour son frère, décédé en 2016 entre les mains des gendarmes. « Aujourd’hui, si on a quatre plaintes sur le dos, c’est parce qu’on fait peur à l’Etat », martèle Assa, qui évoque aussi ses frères incarcérés comme des « prisonniers politiques ».

Si Assa perd…

Les prises de paroles s’enchaînent ensuite. Des femmes et des hommes politiques sont là, à l’instar de la députée (PCF) Elsa Faucillon, d’Olivier Besancenot (NPA) ou de Vikash Dhorasoo, candidat à la mairie de Paris dans le XVIIIe, soutenu par la LFI. Des artistes ont répondu présent, aussi : Mokobe, Abd-el-Malik, Camelia Jordana… Et puis des militants, nombreux, de Rokhaya Diallo à Goundo Diawara en passant par Geoffroy de Lagasnerie.

Tous s’accordent à dire que le nom d’Adama Traoré est rentré dans l’histoire et saluent le travail de terrain d’Assa et du comité. Olivier Besancenot compare même la jeune femme à la mythique militante américaine Angela Davis. L’écrivain Edouard Louis promeut la convergence des luttes, et affirme avec émotion que « si Assa perd, c’est le mouvement féministe, le mouvement LGBT, le mouvement écologiste qui perdent ! »

Retour à la base, la parole est ensuite donnée aux familles de victimes, avec les témoignages de Mahamadou Camara, dont le frère Gaye a été tué d’une balle dans la tête par la police en janvier 2018, et de Diane Bah, dont le frère Ibrahima est décédé en octobre dernier à Villiers-le-Bel dans un accident de la route impliquant la police.

Pour finir, Samir Baaloudj, militant des quartiers populaires, clôture la soirée en appelant à une mobilisation massive pour les procès à venir. « Nous devons être nombreux à Paris pour le procès d’Assa et pour celui de Bagui, qui aura lieu aux assises de Pontoise en juin prochain, appelle-t-il de ses vœux. C’est la suite, le plus important. Il est de notre responsabilité de ne pas laisser Assa et sa famille se faire juger seuls ! » La soirée se termine sous un cri devenu un slogan : « Pas de justice, pas de paix !».

Céline BEAURY

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