« Farida ne t’inquiète pas, on est là. On ne t’oublie pas ». Il est un peu plus de 23 heures et la foule scande en boucle ces deux phrases avant d’applaudir. Derrière les murs du commissariat du 7e arrondissement de Paris, l’infirmière de 50 ans entend peut-être ces cris du cœur. Quelques heures plus tôt, vers 17 heures, elle a été brutalement interpellée alors qu’elle manifestait pour l’hôpital public. Son arrestation a été vue près de 2 millions de fois sur Twitter. Dans la vidéo, on la voit au sol, encerclée par 4 à 5 policiers dont un qui lui passe les menottes. On l’entend aussi réclamer sa Ventoline (médicament utilisé par les personnes asthmatiques), en vain.

Sa fille Imen est là aussi. « Il faut se demander ce qui pousse une soignante au travail exemplaire à la violence », nous dit-elle, encore émue. C’est elle qui a appelé à la mobilisation sur Twitter après avoir vu toutes les vidéos. Surprise que sa mère, du haut de son mètre 55, jette des morceaux de bitume à plusieurs reprises sur les forces de l’ordre. De cette colère longtemps sourde qui éclate sur les écrans. Mais définitivement révulsée lorsqu’elle voit les policiers la tirer par les cheveux quelques minutes après.

Farida travaillait le matin même à l’hôpital Paul-Brousse de Villejuif, comme tous les jours depuis 17 ans, avant de se rendre à la manifestation. Déterminée à réclamer plus de moyens pour les hôpitaux et son personnel qui a affronté l’épidémie de Covid-19. L’infirmière en est tombée malade mais n’a jamais quitté son poste. Les nuits furent courtes pendant des mois.

Les policiers n’ont pas voulu libérer ses mains

Elle n’arrivait même plus à différencier les jours tant ils ressemblaient à un long lundi interminable, raconte sa fille. « Subir le mépris du gouvernement depuis des années puis des charges policières et des gaz lacrymogènes… Je comprends qu’elle ait craqué », lance Benjamin Amar, porte-parole de la CGT 94.

« On est des humains, faits de chair et de sang, ajoute le syndicaliste. Face à la brutalité policière, c’est difficile de se contrôler. »  Farida est poursuivie pour « outrage et jets de projectiles sur les forces de l’ordre ». Elle a été arrêtée dans le désordre qui a suivi l’affrontement entre certains manifestants, vêtus de noir, et les forces de l’ordre, qui ont répliqué par l’usage massif de gaz lacrymogènes.

Trois députés LFI sont là : Eric Coquerel, Danièle Obono et Mathilde Panot. Ils ont pu s’entretenir avec elle. Tous trois évoquent sa blouse blanche tâchée de sang. « Elle était encore menottée sur un banc en attendant sa visite médicale pour déterminer ses jours d’ITT, raconte Eric Coquerel. Les policiers n’ont pas voulu libérer ses mains et elle leur a dit ‘Je ne suis pas une criminelle’. » Le député de Seine-Saint-Denis a noté les coups et les bleus sur son visage : « La violence utilisée pour l’interpeller n’était pas du tout proportionnelle. Ce n’est pas une spécialiste du lancer de cailloux mais une soignante qui a sauvé des gens ».

Sa fille Imen a écouté attentivement le récit de cette rencontre. Elle n’a pu que brièvement échanger avec sa mère par téléphone. Suffisamment pour sentir le traumatisme dans sa voix. Elle appelle à un nouveau rassemblement au même endroit, à 16 heures ce mercredi, juste avant la fin des 24 heures légales de garde à vue. Sans savoir si elle sera prolongée.

Nesrine SLAOUI

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