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Toujours les mêmes images diffusées en boucle. Le commentaire égrène l’inventaire des biens détruits et les réactions des officiels. Les habitants sont sous le choc. Les regards se focalisent sur le degré de violence de ces jeunes, ou plutôt de ces silhouettes nocturnes qui mettent leur quartier à feu et à sang. On constate les dégâts au petit matin, les bâtiments publics incendiés, les carcasses de voitures calcinées, l’odeur des pneus brulés, le choc dans les yeux des voisins, les allers et retours des agents municipaux, les questions des journalistes, sans oublier la visite du ministre de l’Intérieur et les réactions de l’opposition imbibées d’arrières pensées politiques sur fond de tolérance zéro.

C’est devenu un rituel, un scénario bien connu de tout le monde depuis plus de trois décennies. Il y a une telle tension idéologique autour de la question des banlieues en France qu’il est quasiment impossible de rompre avec un débat binaire sur ce sujet. Dire que chaque émeute éclate après des incidents avec la police et essayer de comprendre le processus fait de vous un prosélyte de l’angélisme et de l’excuse sociologique. C’est sans aucun doute le thème le plus polémique de ces dernières années, dont le contenu incarne toutes les fractures de la société française.

Et pourtant, nous avons à notre disposition une richesse de ressources documentaires, près de 40 ans de pratiques dans les quartiers, un tissu d’élus locaux et de militants de la société civile au service de ces territoires, qui dans leur ensemble, préconisent depuis des lustres, d’agir pour ne pas subir des désastres annoncés, pour que ces territoires ne soient plus des bottes de foin devant une allumette. Ils nous disent que nous pouvons changer et transformer ces quartiers, créer des passerelles avec le reste de l’agglomération, libérer les énergies créatrices, innover dans les rapports sociaux malgré la crise, que la répression va de paire avec la prévention. Ils nous disent aussi combien la relégation, l’échec urbanistique, le chômage, les discriminations détruisent l’estime de soi et suscitent, par voie de conséquence, la défiance vis-à-vis de la République.

Rien ne peut justifier la violence et toutes ces destructions. Un cap a été dangereusement franchi à Amiens avec les coups de feu en direction des forces de l’ordre. Des violences similaires peuvent se reproduire et donner lieu à des bilans dramatiques si la situation n’est pas maitrisée. Ces événements marquent les esprits des habitants, installent un climat d’insécurité permanent. Elles sont un traumatisme pour beaucoup de jeunes enfants des quartiers. Elles réduisent à néant le travail de fourmis de centaines d’associations animées par des militants infatigables. C’est une spirale infernale.

Il y a urgence à sortir de ces réactions émotionnelles qu’engendre une situation explosive dans beaucoup de quartiers. Il est important de créer des activités économiques dans ces territoires. La pauvreté et le chômage demeurent à des niveaux élevés, les inégalités sont en hausse constante. L’Etat providence disparait peu à peu. Le nouveau gouvernement doit prendre conscience que la réalité des banlieues nécessite un projet politique d’envergure, d’une dimension encore jamais égalée par le passé et pour lequel une mobilisation des ministères régaliens s’impose. L’espoir suscité lors de la récente élection présidentielle, dans ces quartiers, doit se matérialiser dans la vie quotidienne. L’heure est grave.

Nordine Nabili

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