Vendredi 10 mai, journée du souvenir de l’abolition de l’esclavage. Aux abords du Jardin du Luxembourg, où officiels et invités célèbrent le dixième anniversaire de la loi Taubira, trois membre de la Brigade anti-négrophobie, munis de leur invitation, sont recalés. Puis placés en garde à vue. Franco, l’un des membres arrêtés, revient sur ce grabuge.

 

Que s’est-il passé devant le jardin du Luxembourg vendredi 10 mai ?

Malgré nos invitations officielles à la journée de commémoration de l’abolition de l’esclavage, nous avons été éconduits de force par les forces de l’ordre. Ces dernières nous ont réservés un traitement hautement discriminatoire en nous empêchant de passer avec nos invitations, comme toute autre personne munie de son invitation officielle.

Comment en êtes-vous arrivés à vous retrouver en garde à vue ? Pour quel grief, quel motif figure sur le procès-verbal ?

Nous avons eu le tord de ne pas avoir cédé aux injonctions de la police, qui nous paraissaient totalement injustes et discriminatoires. Ce qui nous a coûté une nuit à l’hôtel de police, pendant  24 heures. J’imagine alors que c’est dans le but de brider notre élan révolutionnaire que nous avons été affublés du chef d’accusation de rébellion. Cela étant, ce 10 mai 2013, jamais les policiers n’ont pu nous opposer la moindre raison valable justifiant de notre « expulsion », comme tout autre citoyen pourvu de son invitation.

183112_10151891938953056_1983817507_n183112_10151891938953056_1983817507_nD’après vous, de qui viennent les « ordres » de ne pas vous laisser assister à la cérémonie ?

Les policiers chargés de nous auditionner durant la garde à vue soulignaient eux-même, mais en off, ne pas comprendre l’ordre qui avait été donné de nous empêcher d’assister à la cérémonie. Ils nous ont informé que cet ordre « venait d’en-haut », sous-entendu le cortège présidentiel.

Vous étiez pourtant conviés à la cérémonie commémorant l’abolition de l’esclavage puisque vous aviez votre invitation. Votre seul tee-shirt est-il la cause de votre interdiction d’assister à la cérémonie ?

Le tee-shirt anti-négrophobie n’a jamais été évoqué par les représentants des forces de l’ordre, présents ce jour. Ni ce prétexte, ni un autre, n’a été évoqué pour justifier le fait que nous ne pouvions nous rendre et participer à la cérémonie.

Suite à votre libération de garde à vue, vous avez été convoqués au commissariat lundi 13 mai, puis de nouveau placés en garde à vue. Pour quelle raison ?

Le lundi 13 mai à 10 heures, nous étions effectivement convoqués et avons été placés en garde à vue suite à cette convocation. Notre garde à vue a été prolongée d’environ huit heures, sans que nous en saisissions concrètement la raison. Quoi qu’il en soit, nous avons été auditionnés une seconde fois car, semble-t-il, certains points restaient à éclaircir aux vues du Procureur, lequel avait demandé ce prolongement. Deux d’entre-nous vont devoir comparaître devant le délégué du procureur le 28 mai prochain. Le troisième, auquel on reproche d’avoir blessé un agent de la force publique lors de l’altercation, devra comparaître le 7 juillet.

 
Comptez-vous déférer l’affaire en justice ?
Oui, nous avons l’intention de porter plainte contre l’État et d’organiser la rédaction de celle-ci avec nos avocats.

 
Ce n’est pas la première fois que votre collectif se fait refouler de cette cérémonie. En 2011 déjà, sous le gouvernement Sarkozy, une intervention assez musclée avait eu lieu. Comptez-vous interpeller Christiane Taubira, dont la date du 10 mai fait référence à la loi 2001 portant son nom ?

 
Effectivement ce n’est pas la première fois que nous subissons un tel traitement discriminatoire suivi d’une expulsion violente. Et c’est peut-être ça le plus triste. Il nous paraît aussi utile de rappeler que l’année dernière, le 10 mai 2012, une dizaine de nos membres avait pu entrer librement avec le tee-shirt anti-negrophobie pour assister à la cérémonie. Des photos témoignant de cet état de fait on été postées sur notre page Facebook et démontrent ainsi qu’à ce moment, nos tee-shirts n’étaient plus mis en cause. D’où notre réel étonnement de voir la police rejouer cette année le remake de notre expulsion du 10 mai 2011. En ce qui concerne le fait d’interpeller Madame Taubira, ministre de la Justice à l’origine de la loi qui porte son nom et reconnait l’esclavage comme étant un crime contre l’humanité, nous ne pouvons nous offrir le luxe d’écarter cette perspective. Pour le moment, nous nous efforçons de contre-attaquer avec nos avocats de manière à ce que ces techniques d’intimidation d’un autre temps ne puissent nous intimider et surtout nous museler.

Propos recueillis par Hanane Kaddour

Photos : Citizen Side

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