Des dizaines de milliers de personnes – 35 à 50 000 selon les organisateurs – ont manifesté ce dimanche 4 septembre à Paris. Un seul mot d’ordre : plus de sécurité pour les Franciliens d’origine asiatique victimes d’agressions, comme celle qui a coûté la vie à Chaolin Zhang, couturier chinois de 49 ans, le 12 août à Aubervilliers. Reportage.

« Sécurité pour tous », le slogan est inscrit sur tous les tee-shirts fabriqués spécialement pour les manifestants qui occupent l’ensemble de la place de la République ce dimanche après-midi. Parmi eux, Xiaomin, une étudiante chinoise en master d’arts à Paris ravie de l’ampleur du rassemblement :« C’est une très bonne occasion d’entendre enfin notre voix au sein de la société ». A proximité, un groupe d’ingénieurs, de chercheurs et d’étudiants chinois en France, se forme autour d’une banderole.« Nous n’habitons pas dans des quartiers dangereux mais il ne passe pas un jour sans qu’il n’y ait une attaque envers notre communauté », raconte Jean François Zhou, ancien professeur. Beaucoup repartent en Chine ». Il regrette un certain laxisme, selon ses mots, qui donne d’après lui un sentiment d’impunité à des gens qui ne sont pas sanctionnés. « Je comprends que la police ne soit pas sur tous les terrains, car elle manque terriblement de moyens, mais elle a une responsabilité. Nous n’aimons pas du tout manifester mais nous sommes obligés de le faire. On ne veut plus être des agneaux silencieux. ». Pour l’occasion, une soixantaine d’associations, principalement d’Île-de-France, se sont mobilisées et entraidées pour organiser ce grand rassemblement.

« Nous demandons justice pour Monsieur Zhang »

Le mouvement « Sécurité pour tous » n’est pas nouveau. Il a  été lancé en 2010, à la suite d’agressions à l’encontre d’habitants d’origine asiatique dans le quartier parisien de Belleville, rappelle un des organisateurs. « Nous voulons que ce soit un mouvement pour tous les citoyens. Et même si nous avons fait venir des politiques, nous ne voulons pas être récupérés ». Après une minute de silence en l’honneur de Chaolin Zhang, un des organisateurs s’exprime en chinois, suivi d’une traduction : « Cette tragédie est un déshonneur pour l’État de droit qu’est la France. Nous demandons justice pour Monsieur Zhang. Sa mort est le résultat de l’insécurité grandissante ».

Ces discours retransmis sur deux écrans géants sont suivis d’une prise de parole de la délégation socialiste, menée par Stéphane Troussel, président du Conseil départemental de Seine-Saint-Denis : « Nous sommes venus dire notre refus de la violence, notre refus de la haine. Oui, tous ensemble nous sommes la France, nous devons nous rassembler ». Puis Valérie Pécresse, présidente Les Républicains de la région Ile de France, présente ses condoléances à la famille de Chaolin Zhang puis rappelle une mesure prise : « Il y aura 140 personnels de sécurité en plus dans les transports. Tous les franciliens d’origine asiatique doivent se sentir en sécurité ».

De nombreux jeunes présents

Du côté des élus, c’est l’impasse. Pour Meriem Derkaoui, maire d’Aubervilliers, ce n’est pas aux communes d’assurer la gestion de la police. « Je cite Cazeneuve : « On doit mener un renforcement significatif ». Or, on m’a rapporté que des habitants n’ont pas vu la police depuis des mois et c’est inadmissible. Nous ne demandons pas plus ou moins que les autres, nous demandons la même chose en matière de sécurité. La gestion de la sécurité est porteuse de tensions. Les manifestants le font bien ressentir en soulignant le devoir de s’impliquer au sein de la société, à tous les niveaux ».

Au milieu du cortège, Sacha Lin Jung et Didier Soulivanh, deux entrepreneurs, se mobilisent pour transmettre aux jeunes la nécessité de s’impliquer : « Ce que vous voyez, c’est l’émergence de toute une population qui est issue d’une vague d’immigration récente. Ce qui est flagrant aujourd’hui, c’est la présence des jeunes. Maintenant, nous ressentons que nous avons un poids électoral, un poids social et médiatique. Mais il nous reste un pas à faire en politique. On lègue aux jeunes plein de chantiers. C’est historique ». Hélène, 34 ans, directrice des achats dans un laboratoire pharmaceutique marche lentement avec ses enfants. « C’est important qu’ils se sentent français. Ce n’est pas que dans les papiers. Je ne sais pas ce que cela donnera mais au moins on l’a fait . C’est triste qu’on en soit arrivé là ».

« J’ai peur pour mes parents »

Li, 23 ans, habitant d’Aubervilliers, fait partie des dizaines de milliers de manifestants qui scandent à s’époumoner leur besoin de sécurité.  Sécurité, le mot est glissé au milieu de la devise nationale révisée : « LIBERTE, SECURITE, EGALITE, SECURITE, FRATERNITE, SECURITE », peut-on entendre parmi la foule. « Sécurité » marquée sur les brassards oranges portés par les 300 volontaires, parmi lesquels de nombreux anciens de la légion d’honneur, qui encadrent le cortège. Li, étudiant, futur ingénieur en électronique, raconte les nombreuses agressions dans son quartier.« Quand je rentre tard, mes parents s’énervent. Après 22h, pour eux, c’est dangereux car il y a eu des agressions en bas de mon immeuble. Mais moi aussi j’ai peur pour mes parents car ceux qui nous agressent s’en prennent aux personnes âgées ». Depuis qu’il s’est fait voler son téléphone portable, il fait davantage attention. Même méfiance chez Weilan, habitante de Belleville, elle aussi victime d’un vol. Elle fait une pause dans la manifestation et s’assoit sur un banc. Du haut de ses 69 ans, elle aussi a tenu à venir pour réclamer plus de sécurité. « Il faut des caméras, il faut plus de patrouilles de police ». Aujourd’hui, Weilan vit avec la peur. Tout comme Cécile, 31 ans, habitante d’Aubervilliers, arrivée de Chine très jeune. Avec d’autres membres de la communauté asiatique, ils échangent des informations sur les agressions et répertorient les lieux d’agression via l’application We Chat. Cécile déplore les agressions dans sa ville, où comme elle, de nombreux membres de la communauté asiatique travaillent dans l’import-export. « Avant les gens pensaient que la France était un pays magnifique. Maintenant ils ne veulent plus venir ».

Cette manifestation, une première à Paris, aura duré trois heures avant que le cortège ne se disperse à deux pas de la place de la Bastille. Les manifestants et leurs drapeaux tricolores s’en vont, calmement. Les hauts-parleurs des camionnettes entonnent une dernière fois la Marseillaise. Pour cette manifestation tout du moins, car les manifestants promettent de continuer à faire « entendre leur Marseillaise ».

Yousra GOUJA et Rouguyata SALL

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