Sonia Imloul, membre du Conseil économique et social et à la tête de Respect 93, association de prévention de la délinquance en Seine-Saint-Denis, nous a permis de rencontrer Frédérique et Nelly, deux mères confrontées à des situations impossibles (lire l’article précédent de ce matin). « Ce n’est pas à la justice de régler les problèmes que rencontrent ces familles avec leurs enfants violents à l’école, clame-t-elle. Il faut à la place une politique familiale et non judiciaire. » Pour frapper haut et fort, elle a adressé en octobre un manifeste au président de la République, dans lequel elle lui demande d’instaurer une « véritable politique de prévention ». Le manifeste a reçu le soutien de députés, Delphine Batho et Julien Dray (PS), Hervé Mariton (UMP) et Jean-Christophe Lagarde (NC), entre autres.

L’employeur de Sonia Imloul est la DIV, la Délégation interministérielle à la ville. Elle y côtoie la secrétaire d’Etat à la politique du même nom, Fadela Amara. Entre elles, le courant ne passe pas. Sonia Imloul réclame des moyens pour mettre en place le dispositif de prévention qu’elle appelle de ses vœux. En 2007, pour attirer l’attention sur ces familles débordées par des enfants instables, elle écrit à Cécilia Sarkozy, à l’époque toujours « première dame ». Celle-ci lui répond, indiquant qu’elle a transmis le dossier au secrétariat d’Etat à la ville. « C’est parce que, depuis ce moment-là, rien n’a été entrepris par le secrétariat que j’ai envoyé mon manifeste à Nicolas Sarkozy. »

Sonia Imloul, qui a publié cette année « Enfants bandits ? La violence des 3-13 ans dans les banlieues » (éd. Panama), dénonce l’existence du « fichier » des « élèves hautement perturbateurs » en circulation au sein de l’éducation nationale. Elle voit dans ce fichage une abdication face à un problème immense, qui exige selon elle une autre réponse que la mise à l’écart des enfants concernés. Sonia Imloul invite la France à s’inspirer des solutions « préventives » appliquées au Canada.

Antoine Menusier et Chaker Nouri

Antoine Menusier

Articles liés

  • La quête de vérité de la famille de Souheil, tué par la police à Marseille

    Souheil El Khalfaoui, 19 ans, est mort début août d’un tir dans le thorax lors d’un contrôle de police. En dépit des nombreux témoignages d’habitants, la famille du jeune homme craint que la plainte soit classée au titre de la légitime défense. Réclamant la nomination d’un juge d’instruction, elle organise à partir de demain trois “Journées pour la vérité” à Marseille.

    Par Clara Lalanne
    Le 11/11/2021
  • La Brigade des mamans contre les amendes abusives de leurs enfants

    Dans de nombreux quartiers, les jeunes sont victimes d'une nouvelle arme sur-utilisée par les agents de police : les amendes. Parfois lancées sans même avoir rencontré les jeunes. Un phénomène à l'origine du surendettement de nombreuses familles. Pour se prémunir de ce fléau, à Belleville (Paris), des mamans veillent et sortent dans la rue jusque tard pour protéger leurs enfants. Reportage.

    Par Anissa Rami
    Le 22/10/2021
  • Nouveau code pénal de la justice des mineurs : une réforme en trompe l’oeil

    Le nouveau code pénal de la justice des mineurs confond-t-il vitesse et précipitation ? Entrée en vigueur depuis le 30 septembre dernier, la réforme compte rendre plus efficace la prise en charge des mineurs par la justice sans pour autant s'accompagner une hausse conséquente des moyens pour les services de protection judiciaire de la jeunesse. Décryptage.

    Par Rémi Barbet
    Le 12/10/2021