Nous sommes toujours attablés à la brasserie « 99 » prés du Boulevard Haussmann. José continue de me parler de l’épreuve qu’il a endurée durant son incarcération. Je découvre par procuration le monde carcéral, il me fait confiance, il se livre sans retenue et en toute liberté : « Quand t’arrives en zonzon, tu dois passer par le greffe, c’est un peu comme la réception dans un hôtel, on te reçoit, on prend tes empreintes, on récupère tes objets personnels, on t’attribue un numéro d’écrou qui devient ta nouvelle identité, on te prend en photo et on te remet un badge qui te servira non pas pour ouvrir ta chambre, mais pour pouvoir circuler au sein de la taule. Ensuite on te demande de patienter dans une cage pas plus grande que des WC, jusqu’à ce qu’un surveillant vienne te chercher pour t’accompagner à ta cellule, mais avant il te demande de te déshabiller.

» Tu te retrouves en tenue d’Adam, à ce moment-là ta pudeur tu la laisses dehors, au début c’est un peu bizarre de voir un autre scruté ton intimité, mais à force tu prends l’habitude, tellement cela devient quotidien, par exemple à chaque fin de parloir, tu dois montrer ton jolie postérieur et ton zizi, ton corps ne t’appartient plus, ton intimité tu l’oublies mec ! »

José s’interrompt, boit une gorgée d’eau, respire profondément et reprend son récit. « Un truc m’a énormément marqué, lorsque je suis arrivé devant le greffe. Le surveillant qui était chargé de recueillir mon identité, m’a demandé de décliner mon origine ethnique bien que je sois français de parents français. C’est vrai que mon nom est à consonance portugaise, mais il m’a expliqué qu’il avait des directives du ministère de la justice qui stipulaient que pour chaque détenu qui intègre la maison d’arrêt, il était indispensable d’indiquer son origine dans son dossier, même si celui-ci est français de nationalité. C’était me dit-il, pour des histoires de statistiques. Bizarre non ! »

José se lève et se dirige vers la sortie pour aller se griller une cigarette. Ce qu’il vient de me dire me laisse circonspect. Je ne comprends pas que des directives émanant d’un ministère, légalisent des discriminations même si ceux qui les subissent sont des hors la loi.

José revient s’asseoir, et continue à discourir : « Tu sais, ce petit incident n’est rien par rapport à ce que j’ai vécu par la suite. En taule, quand t’es blanc, tu es tout de suite catalogué comme un pointeur (criminel sexuel, ndlr). Moi, j’ai vécu un enfer pendant trente jours, les autres détenus m’ont interdit de promenade, ils pensaient que j’étais un pointeur, ils tapaient tous les jours comme des malades à la porte de ma cellule, ils gueulaient comme des ouf que j’étaient un pointeur.

» J’ai été tabassé dans les douches, j’étais en panique, je dormais pas de la nuit, j’ai refusé mes parloirs pour éviter qu’on m’agresse, j’en parlais pas aux matons de peur de me faire passer pour une balance. De toute façon, ils n’auraient pu rien faire, j’étais livré à moi-même, pendant un mois j’ai vécu un calvaire, jusqu’à ce que je demande à mon baveux (avocat, ndlr) de me transmettre une copie de mon jugement, pour montrer aux taulards que j’étais là pour trafic de drogue. »

José s’arrête un instant de parler, reprend son souffle, et avec émotion il me dit : « Le plus dur c’est pour les vrais pointeurs. Y avait des gars, cela faisait plus d’un an qu’ils ne sortaient plus en promenade, t’imagines tout ce temps sans prendre l’air de peur de se faire agresser ! Le plus grave ça été lorsqu’une fois y a eu une fouille générale de la maison d’arrêt. Tous les détenus étaient réunis en promenade pendant prés de cinq heures. Ce jour là, crois-moi, ça a saigné dans la cour. »

Chaker Nouri

Précédents témoignages de José :

http://20minutes.bondyblog.fr/news/un-ex-prisonnier-le-bracelet-electronique-m-a-permis-de-me-reinserer

http://20minutes.bondyblog.fr/news/48-h-de-garde-a-vue

Chaker Nouri

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