C’est le 1er novembre 2005 que Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’intérieur, avait annoncé « l’accélération de la procédure en cours » pour construire le commissariat commun aux deux villes de Seine-Saint-Denis. Il avait réuni une trentaine d’élus locaux, de policiers et de jeunes du département dans la volonté d’ « établir un dialogue » pour mettre fin aux émeutes. En juillet dernier, à l’occasion d’une visite à Clichy-sous-Bois, Michèle Alliot-Marie a confirmé cette construction. Aujourd’hui, quand  les habitants de Clichy-sous-bois composent le 17, ils tombent sur des policiers du Raincy, la commune dont ils dépendent encore.

Plusieurs cas de figures : la patrouille est à Clichy, elle intervient ; les policiers viennent du Raincy, ils arrivent 10mn après (cela peut être dérangeant en cas d’urgence). Et parfois, « les Clichois se voient répondre qu’il n’y a pas de véhicules disponibles ou pas d’agents à disposition », rapporte Ali Zahi, directeur de cabinet du maire de Clichy (PS). Voilà pourquoi la construction du commissariat revient fréquemment dans les réunions publiques. « Les gens se demandent ce qui a changé depuis les émeutes, constate Ali Zahi, et ils ne voient rien venir ». Le directeur de cabinet ajoute que « le temps de l’administration n’est pas le temps des citoyens ». En menant cette petite enquête, un instant, j’ai cru que j’étais moi-même le commissariat de Clichy-sous-Bois, perdu dans les méandres de l’administration, quelque part entre le ministère de l’intérieur, la DDSP et le commissariat du Raincy…

Ali Zahi évoque les procédures classiques faites d’appels d’offre et de concours d’architectes et résume : « ça suit son cours, mais comme tout est fait en interne, au niveau du ministère de l’intérieur, c’est difficile d’avoir des données précises ». 

 » Un groupe constitué des maires, du préfet de Seine Saint Denis et du ministère de l’Intérieur par l’intermédiaire de la Depafi (Direction d’évaluation de la performance et des affaires financières et immobilières), est en plein travail », confirme Eric Raoult, maire du Raincy (UMP). L’élu croit savoir que des études sont actuellement menées, qu’en 2008, les crédits seront débloqués et qu’en 2009, la construction devrait commencer. « Le découpage actuel date de 1958, ajoute Eric Raoult, il était basé uniquement sur la population. C’est pourquoi, dès 1988, j’ai alerté Charles Pasqua, alors ministre de l’Intérieur ». Pour expliquer le long cheminement de cette création, il évoque les « réticences du ministère de l’Intérieur ». Pour le maire, la principale raison est que ce redécoupage modifierait un système de primes aux policiers. Il raconte qu’il a fallu, en 2006, « l’impulsion du président de la République, Jacques Chirac, très touché par les émeutes en banlieue » pour lancer ce redécoupage dont découle la création du commissariat de Clichy-sous-Bois. Et Nicolas Sarkozy ? « Lui a donné son accord et fait tout ce qu’il fallait ».

Le découpage des circonscriptions de police va en effet être modifié : Clichy-sous-Bois et Montfermeil partageront un commissariat tandis que Le Raincy sera rapproché de Villemomble. « Une unité de lieu » que le lieutenant Folie Desjardins du Raincy pense plus stratégique et efficace : « Le commissariat sera plus près des lieux de la délinquance. Il sera au cœur même du problème ». Certains soulignent également que cette proximité peut être un handicap : porter plainte en bas de son immeuble contre quelqu’un de son immeuble n’est pas facile, entend-on fréquemment. Benoît Hutse, du syndicat policier Alliance, reconnaît l’importance d’un commissariat à Clichy-sous-Bois et Montfermeil mais émet quelques doutes : « Les effectifs policiers n’augmenteront probablement pas et c’est ça le vrai problème. Ce sont des collègues du Raincy et d’ailleurs qui y seront ».

Elisa Mignot (Extramuros)

Elisa Mignot

Articles liés

  • Mort en prison de Sofiane Mostefaoui : pour sa famille, une peine inconsolable

    Dernier d'une fratrie de sept enfants, Sofiane Mostefaoui est décédé lors de son incarcération à la maison d'arrêt de Lyon-Corbas en mars 2013 quelques semaines avant la fin de sa détention. Pour ses frères et sœurs, la version officielle du suicide se heurte aux incohérences du dossier. Huit ans après les faits, entre questions restées sans réponses et peine vive, ils témoignent d'une vie marquée par la disparition de leur frère.

    Par Meline Escrihuela
    Le 21/09/2021
  • Tirs policiers à Stains : « je me suis vu mourir »

    Dans la nuit du 15 au 16 aout dernier, Nordine et sa compagne reçoivent près d'une dizaine de coups de feu à Stains, tirés par des policiers sans brassards, non identifiables. Près d'un mois après les faits, l'homme toujours choqué, se confie pour la première fois aux médias, pour le BB. Témoignage.

    Par Céline Beaury
    Le 16/09/2021
  • Des jeunes surendettés à cause des amendes du couvre-feu dans les quartiers

    Des familles entières se retrouvent endettées à cause de salves de contraventions liées aux mesures sanitaires. Des associations dénoncent un « phénomène d’ampleur grandissante » et « une application disproportionnée et discriminatoire des mesures ». Une enquête en partenariat avec Mediapart.

    Par Anissa Rami
    Le 26/07/2021