Grand boulevard Gabriel Péri, au coin du supermarché du quartier. Nous sommes à Saint-Ouen, ville francilienne, limitrophe de Paris. Une ville connue pour ses problèmes de trafics de drogue, d’insécurité, qui font déplacer le ministre de l’Intérieur en personne. Les passants sont heurtés par la vue de jeunes postés devant la grille de l’immeuble. Vous me direz, rien d’extravagant, sauf pour les habitants de l’immeuble.

Casquette vissée sur la tête, le dos appuyé contre le mur, cigarette à la main, ou pianotant sur un téléphone portable, plusieurs jeunes sont réunis et discutent. En général, ce sont de petits groupes de trois à quatre personnes. Ils se rendent serviables et ouvrent la porte aux visiteurs ou habitants du quartier qui se présentent devant la grille. Ils discutent films, amis, sorties : « ouais, c’est ce qu’il m’a dit. Et tu as vu le truc l’autre jour à la télé… » A première vue, ce ne sont que des enfants qui tuent le temps.

Mais, visiblement certains habitants du lotissement ne sont pas du même avis. « Ils restent là à ne rien faire. Mais encore, le pire, c’est que la nuit ils vont fumer de la marijuana dans les escaliers. Ils les enfument et ça sent des heures » confie une habitante de l’immeuble près de l’entrée. D’autres assurent que ces adolescents vendent même de la drogue et servent de guet pour des dealers du quartier. La guerre des rumeurs est lancée avant celle des insultes et de la course poursuite.

En effet, le soir venu, les conflits commencent. Des petits groupes squattent les cages d’escaliers. Le vacarme devient vite insupportable, entre les discussions, le va et vient dans les escaliers, les portes qui claquent et puis les odeurs de cigarettes certains soirs. Dans ces cas là,  une seule personne sort les armes pour se battre : Marta.

Une portugaise d’une soixantaine d’année qui n’a pas froid aux yeux. Rondouillarde, aux cheveux poivre et sel et grosses lunettes, Marta fait sa loi avec son petit chien noir de race Lhasso Apso. C’est qu’elle n’a pas la langue dans sa poche. «  Elle n’a vraiment pas peur qu’ils se retournent contre elle » explique sa voisine de palier.  « Parfois, moi j’ai peur qu’elle se fasse agresser. »

Non, elle n’a pas peur Marta. Elle mène sa petite guerre contre ces « voyous urbains » comme elle les surnomme. Et c’est d’ailleurs la seule que vous entendrez hurler à n’importe quelle heure de la journée. A tel point que plus personne ne s’étonne. « Ah, c’est encore Marta qui court après les gamins ! ».

La riposte des jeunes ne se fait pas attendre. Ils courent plus vite qu’elle. Alors très vite, ils sont hors de sa portée. Après quelques minutes de hurlement, ils reviennent se poster à leur place, sous sa fenêtre et la narguent. La sexagénaire vit au premier étage sur cour.

La bataille à coups de bâtons et culottes courtes a été remplacée par le jeu du chat et la souris. A Saint Ouen, la guerre des boutons audonienne a commencé.

Najet Benrabaa

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