« C’est le p’tit dernier de chez Beretta. J’te le conseille pour le combat de près, et puis pour les coups à travers la poche, où le métro, où l’autobus. Mais note, hein, faut en avoir l’usage, sinon au prix actuel on l’amortit pas. Le prix passe, la qualité reste, c’est pas l’arme de tout le monde ça. Tu l’as eu par qui ? Par l’oncle Robert. »

Dans la version originale, c’est l’oncle Antonio, mais il convient de se mettre à jour. Parce qu’en effet, à Béziers, la police municipale a un nouvel ami. Son maire a bien compris le message du 11 janvier, « le savoir est une arme, j’suis calibré, j’lis pas d’bouquins ». Déjà, quand c’est dans la bouche de Booba, on rit jaune, mais sur une affiche municipale, dur d’y croire. On aurait pu s’y attendre, au front, il faut toujours s’armer. La rhétorique belliqueuse de l’extrême droite et des skinheads des années 1980 semblait envolée, avec la vague bleue marine. Mais chassez le naturel il revient au galop. Le cow-boy biterrois, devenu maire en 2014 avec le soutien du FN mais aussi « Debout la République » va rétablir l’ordre comme dans un bon vieux Sergio Leone au sein d’une ville particulièrement touchée par une délinquance accrue. À la Ok Corral. À coup de couvre-feux pour les mineurs de moins de 13 ans dans l’hypercentre ville et à Devève, le quartier dit « sensible » de 23h à 6h, et à coups de feu tout court maintenant qu’il a armé sa milice. On conclura là dessus la métaphore du tonton flingueur « moi je connais qu’une règle. Défourailler le premier ».

Hors de la polémique sur l’armement de la police municipale, on retiendra la méthode, la com’ dirons-nous. C’est franc du collier, il ne minaude pas Bébert. Pas comme Marine, qui nettoie le parti des crânes rasés. Calvitie oblige, l’affiche est claire « Désormais la police municipale a un nouvel ami. Armée 24h/24 et 7 j/7 ». Et dire que ce néofrontiste, devenu plus lepéniste que Le Pen a fondé Reporter sans Frontière en 1985. Quel chemin parcouru depuis ! Du héros à l’Hérault, de la défense de la liberté de la presse à la fin de la liberté de circuler, au sécuritarisme et au calibre 9. Parcours atypique qui a le mérite de prouver une chose. L’extrême droite reste l’extrême droite. Ceux qui gravitent de près où de loin autour du FN finissent forcément par mettre en place de dispositifs fascisants quand on leur en donne les moyens. De plus dans un contexte général où le trouillomètre est au plus haut, une telle provocation de la part d’un représentant de la république est irresponsable.

Voilà le résultat quand sont élus des lascars à la gâchette facile, haïssant la république et ses valeurs. À l’échelle municipale s’organisent des cités miliciennes. Le Front National comme son nom l’indique est composé de gens qui sont en guerre et qui refusent de penser avec ce qu’il y a derrière le front, un petit organe qui parfois fait la fierté de l’homme.

Mathieu Blard

Articles liés

  • Affaire de Stains : Nordine écope de 2 ans de prison en appel

    Jugé en appel pour refus d'obtempérer, le conducteur touché par 7 tirs de la BAC a été condamné. Nordine écope de 2 ans de prison, il est sorti libre « au vu de son état de santé ». Dans son délibéré rendu le 29 novembre, la Cour d'appel l'enjoint à débourser 1 000 euros à chaque partie civile.

    Par Meline Escrihuela
    Le 30/11/2022
  • 7 ans après la mort de Othmane, la famille va manifester devant le siège d’Otis

    Une nouvelle fois, l’ascensoriste se pourvoit en cassation. Depuis la mort de Othmane, sa famille se retrouve dans une bataille judiciaire sans fin. Bloqué dans un ascenseur, l’enfant de 7 ans est mort asphyxié. Sa famille poursuit le bailleur et la société Otis en justice. Mais l’ascensoriste rejette toute responsabilité et pointe « l’imprudence des parents ». Une manifestation se tiendra, le 24 novembre, devant le siège d’Otis.

    Par Céline Beaury
    Le 23/11/2022
  • À Bobigny, la justice des mineurs dans « une situation intenable »

    Le tribunal pour enfants de Bobigny tire la sonnette d’alarme. Les greffières se retrouvent régulièrement en sous-effectif, une situation qui entraîne l’annulation d’audiences pour un public pourtant très vulnérable. Le 22 novembre, les syndicats dénonçaient « une justice toujours plus dégradée au tribunal de Bobigny ».

    Par Marie Koyouo, Héléna Berkaoui
    Le 23/11/2022