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Pour certains, c’est la crise financière, pour d’autres, c’est la kahsse (la dèche), et dans le 19e à Paris, c’est la khasse. Oui, la super crise : Jean-Pierre nous le rappelle tous les 13 heures avec les usines qui ferment et les petits patrons de campagne qui ne joignent pas les deux bouts. Mais ces petits patrons-là ne sont pas les seuls, le commerce de stupéfiants aussi en prend un coup, surtout chez les dérailleurs. Ryan, 22 ans, Parisien du 19e, est un revendeur de chocolat à fumer. Et avec l’effet papillon enfanté à Wall Streets, Ryan a vu son chiffre d’affaires diminuer. Heureusement pour lui, un noyau de fumeurs invétérés lui est resté fidèle comme au premier jour.

La revente de cannabis est un marché assez sur. C’est un peu comme pour la baguette, personne ne peut s’en passer et vu que la moitié de la France fume, il morfle moins que d’autres. Sa clientèle va du petit bobo du 16e, mèche de cheveux sur le côté, au styliste gay en passant par le Rmiste.

Il y a trois ans de cela, son commerce se portait à merveille, son chiffre d’affaire tournait autour des 450 euros la journée. Avec cette foutue khasse, c’est ceinture : « J’vais plus en boite comme avant, maintenant j’peux que claquer 100 euros la soirée… C’est cheumé quand on sait que les Parisiennes aiment l’oseille. Y a deux ou trois piges, j’dépensais 400 euros tous les samedis soir, c’est la merde, nan ? » Dur dur de claquer que 100 euros dans la soirée.

Face à ce problème, Ryan a dû trouver une solution : « TouS les plans sont bons à prendre tant que y a des billets et pas trop de keufs autour », dit-il avec conviction. Ryan est un dealer assez sociable. « Parfois je passe du temps à discuter avec des lossbo (clients), ça me change un peu du quartier et des « wesh wesh ». Récemment un de mes boloss m’a proposé de me faire un peu d’oseille sans prendre de risque et régulièrement, je lui est dit oui pas de problème ! »

« Il t4a proposé quoi ? », je lui demande. Ryan : « Bah vu que c’est un styliste gay, il connaît beaucoup de monde et de femmes friquées. Il m’a dit qu’une vieille veuve pétée de tunes voulait un petit jeune pour passer l’aspirateur à poil chez elle pour 100 euros les 20 minutes. » A ces paroles, je n’ai pas pu m’empêcher de lâcher un petit gloussement moqueur, en m’imaginant la scène du dealer nu tenant un aspirateur avec la senior les yeux rivés sur son arrière-train. La deseperate old wife dans son salon, assise sur son fauteuil 5 étoiles avec un verre de champagne à la main.

« Alors comment s’est déroulé la suite ? » Ryan : « Bah elle m’a appelé, on s’est donné rendez-vous, j’y suis allé. Au début, j’avoue j’avais le trac mais ensuite, je me suis dit que c’est un job comme un autre, c’est pour l’oseille, donc c’est rien. On a parlé vite fait, ensuite j’ai passé l’aspirateur, au début j’étais timide, ça me faisait bizarre, mais je me suis rappelé que c’était elle la plus tordue de nous deux. Je faisais des mouvements lents devant elle, je sentais qu’elle kiffait. Avec ses yeux elle arrêtait pas de me fixer. Je la comprends, pour 100 euros, faut qu’elle rentabilise. Au bout de 20 minutes, je me suis rhabillé. Elle tenait à m’offrir a boire, j’ai refusé, je suis pas un mec facile. »

J’enchaîne : « Donc 100 euros pour 20 minutes, et t’as pas trop honte que tes potos l’apprennent ? – Quoi ? Je m’en fous, à ma place ils lui auraient fait l’amour pour 50 euros », lâche Ryan dans un rire.

Idriss K

Paru le 13 janvier 2010

Idriss K –

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