Depuis le rassemblement historique du 2 juin, Assa Traoré a imposé le débat sur les violences policières au plus haut sommet de l’Etat, à tel point que le président Macron a exhorté la garde des Sceaux à recevoir la famille. Quitte à être éconduite. Pour le comité Adama, toutes les familles de victimes doivent être reçues. L’enjeu est donc bien de faire bloc commun.

La mise en lumière d’Assa Traoré devenue porte-parole d’un combat contre les violences policières suscite néanmoins interrogations et craintes. Certains redoutent l’invisibilisation des autres victimes. Pourtant, l’histoire des mobilisations en la matière tend plutôt à prouver l’inverse. L’affaire Adama bénéficiera nécessairement à toutes celles et ceux qui mènent cette lutte.

Rappelons certaines affaires emblématiques qui ont permis des avancées.

En 1986, le tollé consécutif à la mort de Malik Oussekine engendre la dissolution des voltigeurs, cette brigade policière motorisée alors en première ligne dans les violences. Elle a finalement été remise en place à l’occasion du mouvement des gilets jaunes, sous le nom de BRAV-M.

En 1991, Aissa Ihich décède, à 19 ans, d’une crise d’asthme en garde à vue suite à un passage en tabac en règle au commissariat de Mantes-la-Jolie. Son décès provoque alors une vive émotion. Il faudra finalement 11 ans et une longue procédure judiciaire pour que  deux policiers ainsi que le médecin appelés à l’époque des faits soient condamnés.

La mobilisation d’Henri Leclerc, avocat de la famille Ihich,  et de certains militants aboutit en 1993 à l’inscription dans le code pénal du droit pour tous les gardés à vue d’exiger la présence d’un avocat et d’un médecin dès la première heure de détention (cf article 63-3).

Dans ces problématiques de violences policières, il n’y aura donc pas d’avancée individuelle mais des avancées collectives.

Le combat porté par la famille Traoré est non seulement l’aboutissement de quatre années de lutte mais également du travail réalisé par leurs prédécesseurs. Rappelons la campagne « Police personne ne bouge » lancée en 2008 par le MIB (mouvement de l’Immigration et des Banlieues) et le FSQP (Forum Social des Quartiers Populaires) après la mort d’Akim Ajimi. Elle réclamait déjà l’interdiction des techniques d’immobilisation policière. Rappelons aussi l’énorme travail de recherche réalisé par le collectif Vies Volées créé par Ramata Dieng (sœur de Lamine Dieng tué en 2007 par la police) et sa famille.

Aux Etats-Unis, Georges Floyd est devenu un symbole mondial et sa mort a permis d’éveiller des consciences, alors que les Afro-Américains anonymes tombés sous les coups ou les balles de la police pour des motifs racistes sont légion. En France, de la même façon, l’affaire Traoré permet d’imposer la question des violences policières et du racisme dans l’institution au grand public. N’oublions donc pas que tout cela reste le fruit d’un travail collectif. Les avancées qui résulteront de ce rapport de force bénéficieront nécessairement, comme le répète Assa, « à tous les Adama Traoré ».

Céline BEAURY

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