Il est essentiel que le gouvernement tiennent ses promesses. La situation actuelle nuit à la sécurité de tous et génère des violations régulières des droits fondamentaux. Aujourd’hui, la confiance est brisée et le dialogue est quasiment rompu entre une partie des citoyens et la police, mettant les fonctionnaires de police dans l’impossibilité de remplir correctement leurs missions. Trop nombreux sont les citoyens qui préfèrent éviter d’avoir affaire aux forces de l’ordre plutôt que s’adresser à elles lorsqu’ils sont victimes d’infractions. La police n’est donc plus perçue comme un garant de la sécurité de la population, comme une institution protectrice des libertés, mais comme un vecteur d’insécurité qui menace ces mêmes libertés.

Les jeunes se sentent particulièrement ciblés par ces pratiques abusives, qui dans leur dimension symbolique, ébranlent leur appartenance à la République par une remise en cause permanente de leur citoyenneté.

Ce diagnostic a été confirmé par le travail de terrain que nous menons depuis plus de deux ans, qui a également mis en lumière la demande de sécurité des habitants des quartiers populaires : une police plus à l’écoute et en capacité d’être un véritable soutien pendant les moment de crise. Notre travail nous a également permis de constater que les fonctionnaires de police souffrent aussi de la dégradation de cette relation. Leurs conditions de travail sont extrêmement détériorées par le stress permanent et le danger, parfois mortel, de situations trop souvent conflictuelles. Les policiers en première ligne des situations conflictuelles sont souvent les plus jeunes et les moins expérimentés, qui dans leurs premières affectations sont présents sur le terrain dans des quartiers dits sensibles.

Cette situation est intolérable. N’oublions pas que, de toutes les institutions publiques, l’institution policière est l’une des plus visibles, si ce n’est la plus présente dans le quotidien de la population. Elle est en charge d’une mission fondamentale: garantir la sécurité et l’ordre public. Le droit à la sûreté doit être garanti sur l’ensemble du territoire de la République. Il est urgent de rétablir le dialogue, et ainsi, de restaurer le respect mutuel car cette situation n’affecte pas seulement les relations citoyens / police mais altère le pacte républicain liant les citoyens à leurs institutions publiques. Si aujourd’hui, les abus affectent particulièrement une partie de la population, celle des quartiers sensibles, n’importe qui peut en être victime.

Faire face à ces problèmes complexes et fermement enracinés nécessitera une batterie de mesures ciblées au sein d’une action plus globale visant à remettre la prévention à sa juste place, à rapprocher la police des citoyens et à accentuer son rôle de service public.

Le ticket de contrôle n’est qu’un outil qui doit être expliqué avec une certaine pédagogie auprès des policiers afin qu’ils y adhèrent. Ce ticket est un bienfait pour leur travail et permettra d’objectiver les contrôles policiers et aussi de prévenir les dérives et donc permettre aux policiers de retrouver la confiance des citoyens des quartiers populaires. Cet outil permettra aussi pour la population d’avoir un document qui reconnait l’acte du contrôle. Rappelons que c’est le seul acte administratif qui ne donne lieu à l’établissement d’aucun document.

Évidemment, ce récépissé ne peut pas à lui seul résoudre le problème complexe de la relation citoyens/police et d’autres mesures doivent être mises en œuvre. Ainsi, il faut un engagement fort des responsables politiques et des mesures conséquentes afin que les changements nécessaires soient amorcés pour lutter contre les pratiques abusives. Cela nécessite :

– un renforcement de la transparence,

– une véritable écoute de la population en matière de sécurité au niveau local qui passe par l’intégration d’une police du quotidien, proche du citoyen pour retisser les liens et assurer la sécurité de tous afin de restaurer une présence policière proche de la population,

– l’organisation de rencontres régulières entre les différents acteurs concernés par les questions de sécurité au niveau local. Ces réunions citoyens/police/élus au niveau local permettront un dialogue véritablement ouvert et accessible à toute la population locale,

– le renforcement de la formation initiale et continue des fonctionnaires de police,

– la mise en pratique des règles déontologiques dans l’accomplissement des tâches quotidiennes,

– la mise en œuvre de conditions humaines et matérielles incitant les fonctionnaires les plus gradés à rester sur les territoires les plus difficiles, et ce, pour limiter le « turn over » actuel, facteur de dérives.

Réda Didi, Graines de France

TRIBUNE. Le nouveau gouvernement s’est engagé à lutter contre les contrôles au faciès et en faveur de l’amélioration de la relation citoyens/police. Le 1er juin, le Premier Ministre a annoncé qu’une loi sur le sujet était en préparation pour lutter « contre le ‘’délit de faciès’’ dans les contrôles d’identité par une procédure respectueuse des citoyens ».

Articles liés

  • Des jeunes surendettés à cause des amendes du couvre-feu dans les quartiers

    Des familles entières se retrouvent endettées à cause de salves de contraventions liées aux mesures sanitaires. Des associations dénoncent un « phénomène d’ampleur grandissante » et « une application disproportionnée et discriminatoire des mesures ». Une enquête en partenariat avec Mediapart.

    Par Anissa Rami
    Le 26/07/2021
  • Marche blanche pour Yusufa à Saint-Etienne : « c’est un frère noir qui a été tué »

    Environ 500 personnes sont venues rendre hommage samedi 5 juin à Yusufa, Sénégalo-Gambien de 26 ans, mort après avoir été poignardé à Saint-Etienne la nuit du mercredi 26 mai. La marche, organisée par la famille de la victime et le collectif JIAS (Journée de l’initiative africaine de Saint-Etienne), s’est déroulée dans le calme et le recueillement avec un mot d’ordre : « Justice pour Yusufa ». Reportage

    Par N’namou Sambu
    Le 07/06/2021
  • Choc à Cergy après l’agression négrophobe d’un livreur

    A la suite de l’agression physique d’un livreur à Cergy, dans la nuit du 30 au 31 mai, enregistrée et diffusée sur les réseaux sociaux, un rassemblement a réuni une centaine de personnes devant le restaurant le Brasco. Une majorité de jeunes ont été présents afin de faire entendre leur indignation, leur colère et leurs différentes revendications, face à une agression à caractère négrophobe. Reportage. 

    Par Amina Lahmar
    Le 01/06/2021