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Le 12 octobre à Meaux (77), lors de manifestations contre la réforme des retraites, deux lycéens, Pascal et Youssef (prénoms modifiés), sont appréhendés par la police devant le lycée Coubertin alors qu’ils en bloquent l’entrée. Ils sont ensuite relâchés. Le lendemain, dans le cadre d’une autre manifestation qui s’est déplacée vers le centre commercial de Meaux et qui tourne à l’affrontement avec les forces de l’ordre, Pascal, élève en seconde générale, l’un des deux lycéens appréhendés la veille, est touché à la pommette par un tir de flashball. Des membres de la police auraient dit à Youssef que son ami « s’est sûrement baissé au moment du tir », recevant ainsi le projectile au niveau du visage.

Quelques jours plus tard, le proviseur de l’établissement, après un conseil de discipline, ordonne le renvoi de Pascal et Youssef en raison de leur arrestation, le 12 octobre, par la police. Raison invoquée : « Trouble à l’ordre public de l’établissement », selon les termes du proviseur. Nous disposons d’une copie de l’avis de passage de Pascal aux urgences de Meaux pour son coup au visage et avons pris contact la semaine dernière avec le commissariat de Meaux pour avoir sa version des faits. Nous n’avons reçu aucune réponse de sa part.

Aujourd’hui, aucun  lycée n’a voulu reprendre Pascal en son sein. Youssef, lui, a été accepté dans un autre établissement. Les deux jeunes témoignent dans la vidéo. Youssef parle notamment d’un affrontement entre groupes rivaux et semble déplorer que la police observe les jeunes se battre sans intervenir. Contradiction dans les propos de ce jeune homme ? Besoin d’autorité plus ou moins conscient de sa part ?

Quoi qu’il en soit, à force de circonscrire les actes d’incivilité et les trafics en tous genres dans les cités sensibles pour mieux laisser « propres » les centres-villes, les forces de l’ordre sont en quelque sorte prises à leur propre piège et ne peuvent plus pénétrer dans certains quartiers. Les citoyens qui y habitent, les jeunes qui s’y affrontent, derrière leurs propos parfois confus, semblent demander une égalité de traitement : que l’ordre et la paix, bien que relatifs, qu’on rencontre ailleurs existent aussi dans les cités difficiles. Comme si ces jeunes disaient à la République : ne nous laisse pas nous détruire.

Aladine Zaïane

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