Un camp de Roms brûlé ça vous étonne ! A Marseille non. Ce n’est malheureusement pas la première fois et sans doute pas la dernière. C’est doute pourquoi malgré le tapage médiatique fait autour de l’événement, à peine le sujet fait chuchoter dans la ville.

La question Rom pose problème depuis des années dans les Bouches-du-Rhône et est loin d’être réglée. En ce qui concerne les évènements de jeudi dernier, tout n’est pas encore clair sur les faits. Selon La Provence, une poignée de riverains excédés par l’installation d’un camp de Roms quelques jours plus tôt à côté de leurs habitations et désespérés par l’inaction des pouvoirs publics décident de faire la loi eux-mêmes. Ils seraient descendus dans le camp en menaçant ses habitants les obligeant à partir. Ils auraient ensuite brûlé les affaires restantes sur le terrain. Quant aux Roms ? Ils se seraient réfugiés dans un hangar désaffecté.

Une situation qui n’est pas rare dans la ville de Jean-Claude Gaudin. Déjà au mois de mai, en pleine campagne électorale, un groupe de riverains étaient aller intimider des Roms dans le camp de Château Gombert. L’affaire avait choqué car une élue UMP, Nora Preziosi avait assisté à la scène et aurait même incité à la violence.

Jean-Paul Kopp, président de l’association des Rencontres tsiganes ne s’étonne pas de cette nouvelle incartade. Ce groupe de Roms était connu par l’association. “Ils ont été expulsés en janvier de Zoccola. Ensuite, ils ont été à Aix-en-Provence d’où ils ont été évacués cet été. La semaine dernière, ils ont été chassés de Plombière. Et cette semaine de la cité des Créneaux… »

“Une guerre de la misère“

Aucune solution n’est apportée. “On se refile la patate chaude entre commune“ explique Jean-Paul Kopp. Mais en attendant aucune politique volontariste n’est mise en place dans les Bouches-du-Rhône. Ce n’est pourtant pas faute de connaître les tensions chez les élus. Samia Ghali, sénatrice PS et maire du 15e et 16e arrondissement de Marseille chante à qui veut l’entendre qu’elle connaît la situation. Elle qui a été surnommée, “la combattante des cités“ par Le Figaro a fait la polémique au mois d’août appelant au recours à l’armée dans la cité. Elle a écrit une lettre à Jean-Claude Gaudin ce vendredi dans laquelle elle explique qu’ »il est indispensable que les pouvoirs publics se saisissent rapidement de cette problématique récurrente.“ Il serait temps…

A Marseille, aucun terrain n’est prévu pour les gens du voyage. D’où cette situation. Une occupation illicite des parcelles libres de la ville, avec des branchements précaires à l’électricité. Quant aux conditions d’hygiènes, elles sont pour le moins insuffisantes.

L’action des riverains est évidemment condamnable. Dans un Etat de droit, on ne peut régler les problèmes par soi-même. Mais Jean-Paul Kopp comprend la colère des riverains, “c’est une guerre de la misère“.  La pauvreté exacerbe les tensions en temps de crise plus que jamais. Dans le 15e arrondissement, où s’est déroulé ce dernier acte de violence, la pauvreté y est bien connue. La cité des Créneaux devrait être détruite prochainement selon la mairesse.

Les plus à blâmer selon l’associatif sont bien sur les politiques et leur inaction. “Aucun projet ne voit le jour. Hier, tous jouaient les scandalisés, qu’ont-ils fait pour qu’on en n’arrive pas là ?“ critique-t-il. “Il est impossible pour nous d’entreprendre du suivi social, de faire scolariser les enfants, d’installer des sanitaires“ explique-t-il. Le couperet de l’expulsion planant toujours au-dessus de ces camps.

Un nouveau gouvernement, une nouvelle politique ?

Avec l’arrivée d’un président de gauche et du gouvernement qui va avec, les populations les plus précaires espéraient l’amélioration de leurs conditions de vie. La circulaire interministérielle du 26 août, prévoit “la mise en place de mesures d’accompagnement, d’insertion et d’hébergement“ dans le cas d’évacuation des camps. Cette même circulaire précise qu’une telle mesure “doit conduire à faire participer largement les acteurs locaux, au premier rang desquels les collectivités territoriales, sans lesquelles aucune solution efficace ne peut être construite.“ Précision évidente mais qu’il semble nécessaire de faire.

Jean-Paul Kopp est en colère. “On nous dit qu’il n’y a pas de moyens. Mais on dépense 10 millions d’euros par an pour les retours volontaires. On a de l’argent pour les renvoyer !“ s’emporte-t-il un peu. Des chiffres confirmés par l’observatoire des subventions. Des mesures qui posent donc la question même de l’utilité de l’action publique. Le rapport du 11 novembre 2011 de la Commission européenne soulève même un impact positif sur les économies de la présence des Roms, des “études tendent à confirmer l’incidence positive globale sur le PIB total et des effets modérés sur le PIB par habitant“.

Il semble dans tous les cas que le renvoi des Roms ne soit pas la solution. Les Roms sont des citoyens européens libres de revenir. Jean-Paul Kopp ne tombe pas dans l’idéalisme. “Soit on les accompagne dans des conditions dignes chez nous. Soit on les renvoie chez eux mais avec des projets qui leur permettront de vivre correctement pour qu’ils ne reviennent pas.“ Les Roms seraient 1 500 à Marseille selon la ville.

Charlotte Cosset

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