Samedi après mon retour du Grand Pressigny, j’ai été invité à un mariage dans la banlieue, du coté d’Aulnay-sous-Bois. La soirée va son train, la musique n’en finit pas, les danses non plus. Les heures passent, je décide de sortir pour prendre l’air. Très vite, je sympathise avec un jeune de mon âge. On discute de tout et de rien, puis on en vient à la vie professionnelle. Là, il me révèle qu’il est gardien de la paix, basé à Paris. Intrigué, je décide de lui poser des questions. Interview.

Pourquoi t’es entré dans la police ?

Parce que je me suis rappelé les fois où, avec des potes, on se faisait contrôler par la police dans le métro. Parce qu’aussi, je me suis souvenu des fois où j’ai vu des « bâtards » arracher des sacs à main, et ça, ça m’énervait. Ce qui m’a le plus marqué, c’est le jour où on a été contrôlés par la BAC*. Ils n’avaient aucun motif de contrôle. Avec mon pote, on était tranquilles. On avait vraiment l’impression qu’ils cherchaient à nous provoquer, surtout avec la manière dont ils parlaient à mon pote. Je n’ai pas ouvert ma bouche. Et comme on ne rentrait pas dans leur jeu et qu’on ne répondait pas, ça les a vraiment rendu « oufs ».

Qu’est-ce qui s’est passé ?

Mon pote avait beau leur dire « on n’a rien fait de mal », et leur demander « pourquoi vous nous contrôlez ? », ils insistaient. Comme ils ne trouvaient rien à nous reprocher, un des policiers a sorti un pochton de bedo** de sa poche en menaçant mon pote : « Si je veux, je te mets dans la merde, en mettant ça dans ta poche. » Ils voulaient le lui mettre dans les poches de force. Ils faisaient vraiment tout pour qu’on devienne agressifs, afin de justifier un motif d’interpellation. Je ne pense pas que c’était du racisme, mais plutôt qu’ils cherchaient à faire du chiffre. Voyant que mon pote ne répondait toujours pas, le policier a regardé autour de lui pour voir s’il n’y avait pas de témoin tout en lui proposant d’aller derrière pour s’expliquer comme des hommes.

C’est à l’école que tu as été orienté professionnellement vers le métier de policier ?

Quand j’étais en seconde après le Bep, je ne savais pas ce que je voulais faire. Un jour, on m’a donné un prospectus de police où il était écrit que le bac n’était pas nécessaire pour rentrer dans la police. Mais à ce moment-là, je voulais déjà être flic, et le fait d’avoir été interpellé comme ça par la BAC, ça m’a encore plus motivé à rentrer dans la police. Je suis rebeu et je peux le faire, et pourquoi pas, changer les choses. Comme j’ai grandi dans une cité, je connais les jeunes et les ambiances. Je veux servir à quelque chose car j’ai vu des choses que d’autres policiers n’ont pas vues dans leurs milieux.

Comment ont réagi tes parents et ton entourage ?

Mon grand frère qui est dans la police depuis longtemps m’a encouragé et motivé à faire ce métier. Je ne vais pas mentir, l’idée d’avoir un emploi fixe était aussi alléchante pour moi. J’avais à ce moment-là 18 ans, et je savais ce que je voulais faire. Mes parents ont bien réagi même s’ils m’ont prévenu que ce n’est pas un métier facile et que c’est difficile à concilier avec une vie de famille. Mais ils m’ont encouragé malgré tout. Mes proches ont bien réagi aussi. Mais c’est avec cette nouvelle que j’ai reconnu les vrais amis des faux. Les grands de la cité ont eu une très bonne réaction, ce qui m’a un peu étonné d’ailleurs. Mais certains, lorsqu’ils l’ont appris, l’ont très mal pris et ont lancé quelques petites menaces du genre « on va te niquer ». Je l’ai appris par des grands de la cité, mais rien de sérieux.

Quel accueil as-tu reçu dans la police ?

A mon entrée à l’école de police, j’ai reçu un très bon accueil des formateurs. L’école ne fournissait pas d’aide, se trouvait dans le sud de la France. Comme j’habite dans la région parisienne, j’ai travaillé dans la manutention durant tout l’été pour pouvoir me financer les billets de train et autres frais. Sur place, j’étais plus avec des campagnards, on n’était que deux Rebeus, mais même lui était de la campagne, j’étais le seul mec de cité. Il y avait des a priori. On était quatre par chambre. Dans notre chambre, le contact est vite passé entre les trois autres, alors que moi, je devais prouver que je n’étais pas différent d’eux et que j’avais les mêmes objectifs. Pour briser la glace, une nuit, je les ai réunis pour en parler. Pour eux, Rebeu, était à égal brûleur de voitures. Ils ne savaient pas que Rebeu voulait dire Arabe en verlan. Pendant toute l’année, j’ai dû leur montrer qu’on n’est pas tous pareils. Avec le temps, le contact est passé et la solidarité s’est créée entre nous, hormis avec deux ou trois gars qui ne voulaient rien comprendre. J’ai gardé contact avec les collègues qui se méfiaient de moi au départ et on se revoit.

C’était difficile à vivre ?

Oui, parce que j’étais loin de ma famille, j’avais 18 ans, c’était dur. Mais en même temps, je voulais quitter mon environnement pour changer d’air et voler de mes propres ailes.

Tu es musulman et policier, comment as-tu réussi à joindre les deux ?

Je suis français, musulman, d’origine algérienne. Je faisais ma prière juste après mes cours sur mon tapis que je rangeais bien soigneusement. Ce qui m’a étonné, c’est que mes collègues ont respecté mes temps de prières. Ils ne faisaient pas de bruit et ça m’a beaucoup plu.

As-tu rencontré des problèmes en raison de tes origines maghrébines de cité ?

Au cours de l’année, j’effectuais des stages et je ressentais un esprit facho. Un jour, au moment des élections présidentielles de 2007, pendant la pause déjeuner, nous étions tous à table, et là tout le monde parlait de voter pour le Front national. Un des fonctionnaires de police a dit : « Faut que Le Pen passe pour les renvoyer chez eux. » Ils parlaient des Maghrébins. Là, je me suis levé et j’ai retourné la table, ils sont tous restés choqués, ils avaient oublié que j’étais là. Je ne me voyais pas travailler dans ces conditions et j’ai souhaité que les policiers ne soient pas tous comme ça.

Quels sont tes objectifs dans ce métier ?

Je voudrais travailler en civil, car c’est là que je pense pouvoir être le plus efficace.

Propos recueillis par Idriss K

*Brigade anti-criminalité
**Cannabis

Idriss K

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