Aujourd’hui s’achève une semaine de sensibilisation contre les abus policiers (initié par le collectif « Stop le contrôle au faciès »). Cette date fait référence aux décès de Zyed Benna et Bouna Traoré lors d’un contrôle d’identité à Clichy-sous-Bois en 2005. Un rassemblement a eu lieu à Châtelet (Paris) samedi dernier.

La semaine dernière, le collectif « Stop le contrôle aux faciès » a sensibilisé en région parisienne et dans plusieurs villes de France un large public afin de les informer sur leurs droits et recours possibles face aux abus policiers. Samedi dernier, à 15h30, le collectif citoyen a donné rendez-vous à Chatelet (Paris) à la « Fontaine des innocents ». D’autres associations étaient présentes telles que «Urgences notre police assassine», le collectif « Brigade anti- néogrophobie» et bien d’autres.

Franco, membre du collectif « Brigade anti-néogrophobie » et porte parole du collectif organisateur de l’évènement explique l’importance de cette journée « les gens sont très peu au courant des recours face à cette pratique, la considérant trop comme étant normal alors qu’elle est totalement anormale, voir illégale. Cette journée de campagne de sensibilisation est d’autant plus importante car on constate depuis avril dernier, une recrudescence des abus policiers notamment de contrôle au faciès et de brutalités policières ». Il ajoute « cette recrudescence des abus, on la constate lorsque les gens prennent contact avec notre numéro, mais également à travers l’actualité. Encore aujourd’hui, sur cette même place nous avons vu un contrôle de police, les policiers sont venus pour contrôler sans aucune raison ».

Toute une après midi, les membres du collectif ont informé le public sur la question du contrôle au faciès en leur expliquant la démarche à entreprendre s’ils subissaient un contrôle d’identité. Un guide intitulé Connaître ses droits – Agir Ensemble a été distribué aux passants. Dans cet ouvrage, des conseils mais aussi des extraits de témoignages de personnalités publiques qui racontent leur premier contrôle d’identité : Nadir Dendoune (journaliste), Seyfyu (rappeur), Moussa Maaskri (acteur) ou encore La Fouine (rappeur).

 Le contrôle au faciès : des victimes témoignent

Un contrôle d’identité qu’une personne peut subir, l’individu est jugée sur son apparence (tenue vestimentaire, origine) et non sur son comportement. C’est cela qu’on appelle un contrôle au faciès. La plupart des personnes victimes de ce type de contrôle ont le sentiment de vivre une injustice et une discrimination. Assan, 23 ans raconte son dernier contrôle d’identité, il l’a subi il y a 7 mois. « Je rentrais chez moi à Massy, il était environ 23 heures, j’étais accompagné de mon frère. Une voiture de la Bac s’arrête brusquement pour contrôler sans raison ». Assan demande alors aux policiers pour quelles raisons ont eu lieu ce contrôle. Selon le jeune homme, ses interlocteurs ont tenu des propos provocateurs en lui disant « ‘c’est moi le chef ici, c’est moi qui fait la loi et donc je fais ce que je veux’. Mon frère et moi ne sommes pas rentrés dans leur provocation car cela pouvait dégénérer. J’ai eu beaucoup de contrôles abusifs et pour moi c’est une forme d’injustice car la police dès qu’elle voit des jeunes noirs ou des jeunes d’origine maghrébine marchant en groupe, ou seuls, elle imagine que ces personnes sont potentiellement suspectes. Alors que si c’était un autre jeune, ils ne l’aurait pas contrôlé ».

Mathieu âgé de 20 ans accompagne Assan. Lui aussi raconte son anecdote « il était 16 heures, j’allais voir des amis dans un quartier. Il se trouve qu’à ce moment là, il y a eu une histoire de vol de scooter, mais je n’étais pas au courant donc dès mon arrivée la police m’a arrêté car d’après eux, je portais le même t-shirt que le voleur et il m’accusait d’être l’auteur de ce vol. Ils m’ont emmené au commissariat en me menottant devant tout le monde. Ils m’ont dit ‘Oui, tu nous as bien fait courir sale nègre’ ». Pris de peur au moment de l’interpellation, il raconte comment elle s’est déroulée « les policiers ont estimé que j’étais l’auteur du vol du fait que mon cœur battait très fort à ce moment quand ils m’ont arrêté. Si mon cœur battait si fort c’est que j’étais très surpris et en panique car ils sont sortis de nulle part. Ils étaient cachés dans un buisson sans que je le sache. Ils m’ont aussi dit, tu vois tu transpires et je leur ai que c’était normal car il fait chaud, à cette époque nous étions en plein été. Rien n’y fait pour eux, j’étais l’auteur du vol et donc ils m’ont embarqué au commissariat pour m’interroger et j’ai donc passé ma première garde à vue de 24 heures en 2012 pour un fait que je n’avais pas commis. Heureusement, j’ai pu prouver qu’au moment du vol, je n’étais pas sur les lieux et que j’étais bien à Paris grâce à mon ticket de transport. Puis, c’est comme ça que j’ai pu être relâché ».

Franco donne quelques conseils à adopter le jour d’un contrôle, mais aussi quelques astuces afin de prouver s’il y a eu un abus. « Avoir un comportement intelligent en ne se mettant pas en difficulté car ils peuvent être sujet à l’accusation de violence ou outrage envers un agent des forces de l’ordre. Récolter un maximum d’éléments permettant de prouver que le contrôle est abusif par exemple : enregistrer la conversation audio/vidéo, relever la plaque d’immatriculation, même si parfois c’est difficile, et repérer les témoins qui ont assisté à la scène en les notant et surtout en leur demandant une attestation sur l’honneur qui vous servira pour la suite de vos démarches ». Dans les cas de violences policières, le collectif conseille de faire constater les blessures par un médecin des urgences médico-judiciaires (les blessures seront décrites de façon détaillée) sans oublier de préciser le nombre de jours d’arrêt de travail (ITT) et prendre une photo des blessures.

Un numéro est également mis à disposition avec possibilité de contacter par sms (07 60 19 33 81 en inscrivant contrôle). Un bénévole du collectif est chargé de répondre rapidement, d’écouter et d’aider les victimes dans leurs démarches. Le 7 avril dernier, une application a aussi été mise en place sur le web : appli.stoplecontroleaufacies.fr

Amal Bentousi fait parti du collectif « Urgences notre police assassine », également porte-parole du collectif contre le contrôle au faciès. Cette association lutte contre les crimes policiers et les crimes racistes. Amal était présente ce samedi pour sensibiliser les jeunes sur les abus policiers. Elle porte un t-shirt à l’effigie de son frère décédé d’une balle dans le dos par un policier le 21 avril 2012. «Nous avons décidés de monter un collectif en rencontrant d’autres familles victimes de ces mêmes actes comme la famille de Farid. Son frère Wissam El Yamni tué par la police et bien d’autres. Au lieu de combattre chacun de notre coté, on a préféré monter un collectif pour être plus forts mais aussi de façon à mieux se conseiller. Il se trouve que dans différentes affaires quand on ne fait pas de bruit, il arrive souvent que la justice rende des non-lieux alors que les familles attendent beaucoup de la justice, ou il y a parfois des mises en examens avec sursis alors qu’il y a mort d’homme. C’est quelque chose de récurrent et de grave. Les familles demandent simplement justice mais elles ne se prononcent pas, et ça montre bien que la justice n’est pas si impartiale que ça ».

Autour d’une conversation, Amal revient sur l’affaire concernant son frère « il y a eu une requalification des faits depuis quelques jours. Au départ, c’était un homicide volontaire à l’encontre du policier et finalement ça a été déqualifié en violence volontaire ayant entraîné la mort sans l’intention de vouloir la donner. Ce qu’il faut savoir, malgré les preuves accablantes contre ce policier, il se trouve que ce dernier était un policier aguéri et qu’il y avait six témoins qui disent qu’il a tiré quatre balles et que mon frère était de dos, qu’il ne s’était jamais retourné à ce moment-là et qu’on la tué comme ça en toute impunité, donc là c’est très grave. L’affaire de mon frère montre bien que la justice n’est pas impartiale et qu’elle protège les policiers » conclut Amal.

D’après une étude d’Opinion Way pour Graines de France, Humans Rights Watch et Open Society Justice Initiative (mai 2014), 37,3% des personnes qui déclarent avoir été contrôlées entre mars 2003 et mars 2014 sont d’ascendance maghrébine (alors qu’elles représentent 7% de la population totale). La lutte contre le contrôle au faciès est loin d’être terminée…

 Hana FERROUDJ

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