Dimanche, 3 heures du matin. La cour d’assises du Val-d’Oise vient de rendre sa décision. Des cris stridents s’échappent de la salle d’audience. Des femmes sortent en pleurs, elles viennent d’apprendre les peines infligées aux accusés : 15 ans pour Abou, 12 ans pour Adama, 9 ans pour Ibrahim, 3 ans pour Maka et Samuel. Les quatre premiers sont reconnus coupables de tirs contre la police lors des émeutes de Villiers-le-Bel de novembre 2007. Le cinquième, de leur avoir fourni une arme.

Une cinquantaine de personnes tentent de consoler les familles des condamnés. La police, en nombre, reste en retrait. Le directeur de la Sureté départementale demande à ses hommes d’agir avec retenue. Un peu plus tôt, il a exigé que les proches des accusés puissent utiliser les WC du palais de justice, dont l’accès leur était jusque-là interdit.

Des dizaines de journalistes accourent vers les avocats de la défense pour avoir leurs premières réactions. « Adama (considéré avec son demi-frère Abou comme l’un des meneurs, ndlr) est assommé par cette sentence. Il est abasourdi, d’autant qu’il n’y a aucune charge formelle contre lui. Je ne sais pas s’il souhaite faire appel. Laissons passer le traumatisme », déclare Me Konitz.

Les familles des accusés et leurs proches quittent le Palais de justice de Pontoise rapidement. Les « grands frères » lancent des appels au calme. Les visages sont tristes et les yeux humides. Les victimes policières, elles, ne sont pas très nombreuses en cette nuit du verdict. Elles se disent « satisfaites » du jugement et se montrent mesurées dans leurs déclarations : « La justice est passée. Les peines sont équilibrées. Nous pouvons maintenant fermer cette parenthèse définitivement », dit, soulagé, un policier victime de tirs. Les alentours du Palais de justice se vident rapidement. Seuls restent des centaines de CRS qui n’auront pas besoin d’utiliser la force pour assurer l’ordre.

« Tout ne peut se régler par la répression. Nous engageons des partenariats avec des acteurs du terrain », affirme le directeur de Sécurité départementale, visiblement désireux d’entamer une ère nouvelle et plus sereine des relations « jeunes-police », marquées par des années de méfiance voire de haine réciproque.

A Villiers-le-Bel même, l’atmosphère est calme et la police, absente. Les habitants sont endormis. Une nuit apparemment ordinaire en banlieue. La sentence laisse un goût amer à certains : « Nous condamnons la violence envers la police. Mais les gens qui sont dans le box, sont accusés à tort. Ils ont été victimes de leurs antécédents et de témoignages anonymes erronés. La lutte pacifique continue », affirme Nabil, un militant du mouvement Respect, vérité et justice.

Que vont décider les condamnés ? Interjetteront-ils appel ? Le procureur avait requis jusqu’à 20 ans de prison. Le jury populaire n’a pas suivi ses réquisitions. Un nouveau procès expose à de possibles plus lourdes peines.

Chaker Nouri

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