AFP/ Olivier Laban-Mattei

27 octobre 2005 : Zyed Benna, 17 ans, et Bouna Traoré, 15 ans, ont été retrouvés morts électrocutés dans un transformateur électrique EDF à Clichy-sous-Bois alors qu’ils essayaient d’échapper à un contrôle de police. Ce tragique évènement est le déclencheur des émeutes de banlieue de novembre 2005 qui ont secoué la France entière.

8 février 2007 : deux policiers ont été mis en examen pour « non assistance à personne en danger » suite à la plainte des parents des deux victimes. Une phrase prononcée par un des policiers est au cœur de l’affaire : « s’ils rentrent sur le site EDF, je ne donne pas cher de leur peau.»

2009 : un rapport de la police des polices, l’IGPN pointe la « légèreté » des policiers.
2010 : les policiers sont renvoyés en correctionnelle pour « non assistance à personne en danger » mais le parquet de Bobigny fait finalement appel de ce renvoi.

Avril 2011 : la Cour d’Appel accorde un non-lieu. Les familles font appel de cette décision.

31 octobre 2012 : la Cour de Cassation annule le non-lieu en faveur des policiers et l’affaire est renvoyée à la chambre d’instruction de la Cour d’appel de Rennes.

2013 : affaire à suivre…

Siyakha Traoré, frère de Bouna, raconte le cheminement de ces sept dernières années, durant lesquelles, sa famille a reçu le soutien d’associations ainsi que celui de la ville de Clichy-sous-Bois. Au lendemain de la tragique perte des deux adolescents, l’association ADM (Au-Delà des Mots) a été créée par les jeunes du quartier Rabelais pour soutenir les familles financièrement et psychologiquement avec notamment la vente de T-shirt et des urnes pour récolter de l’argent. Simultanément, le collectif AcLeFeu voit aussi le jour. Sa mission est de faire remonter la parole des quartiers populaires auprès des institutions. Pour cela, en janvier 2006, AcLeFeu fait le tour de France, Siyakha fait partie du voyage.

Un album a été enregistré en 2007 avec la participation de nombreux artistes du rap français. Les bénéfices ont été versés à la famille pour les éventuels frais de justice. A la base, une seule chanson était prévue pour rendre hommage aux jeunes défunts et finalement s’est dessiné un album entier qui n’avait pas de revendications particulières, juste un message pacifique.

La mairie met à disposition des locaux et des techniciens pour chaque commémoration annuelle. Un projet de concert, pour les dix ans, est en cours. Depuis la date même de ce drame, la famille Bouna vit sa peine dans la discrétion et la pudeur, « on ne veut pas faire de bruit », nous confie Siyakha. Les familles Traoré et Benna vivent toujours au même endroit. Les parents de Zyed font les aller-retour en Tunisie. Ces familles auraient peut-être pu demander à déménager pour essayer de fuir un lieu qui sera à jamais lié à la perte d’êtres chers. Mais elles ont juste fait le choix d’un retour à une vie normale avec leurs occupations quotidiennes même si leur for intérieur sera à jamais meurtri.

Qu’est-ce qui a changé dans leur quotidien depuis ce drame ? « Rien, si ce n’est la mise en place accélérée d’un commissariat, inexistant à l’époque de la tragédie », répond Siyakha. Les habitants du quartier n’ont pas oublié Zyed et Bouna puisqu’ils demandent régulièrement à Siyakha le suivi de l’affaire mais celui-ci souligne que « la vie continue, on ne va pas s’enfermer dans le drame. Il y a eu plusieurs rebondissements pendant ces sept dernières années : des moments, l’espoir augmente puis des fois, il diminue. Aujourd’hui, nous sommes soulagés et apaisés suite à l’annulation du non-lieu, cela prouve que la justice existe. Nous avons confiance en la justice. Il y a de bons et mauvais flics partout».

« Qu’est-ce qui va nous empêcher d’y croire ? » ajoute Samir Mihi, président d’ADM. Ce dernier regrette tout de même que les journalistes aient justifié cette annulation du non-lieu comme moyen d’apaisement des jeunes de quartiers. Il révèle d’ailleurs que « certains jeunes regrettent d’avoir brûlé des voitures il y a sept ans. Avec le recul, ils ont pris conscience que ce n’était pas la solution.»

Un sentiment de confiance semble avoir été insufflé chez les familles des victimes mais l’attente ne va-t-elle pas encore et encore peser et ainsi réinstaller le doute ? Combien de temps encore ces familles devront-elles endurer ces délais interminables ? Pourquoi tant de temps pour juger ces policiers ?

Rajae Belamhawal

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