Au troisième étage d’un bâtiment en plein milieu de l’hôpital René Muret de Sevran, le centre SSR (Soin de suite et de réadaptation) Nutrition Obésité impressionne par sa superficie : salle de sport, salles médicalisées, cuisine thérapeutique… Ouvert en 2015, c’est le seul centre public de traitement de l’obésité en Seine-Saint-Denis, département où l’obésité atteint les 20%, la plus forte prévalence de France métropolitaine, selon l’APHP (Assistance Publique – Hôpitaux de Paris). Ce centre se veut un lieu où les personnes atteintes d’obésité peuvent réapprendre à manger sainement, bouger efficacement et reprendre confiance en elles. En trois ans, l’espace a quasiment doublé et le nombre de lits est passé de 11 à 20. 

La salle de sport du SSR René Muret. Photo: Paloma VALLECILLO / DR

 

« C’est un service de rééducation », affirme Brigitte Kunzli, cadre de santé du service en charge de la coordination de l’équipe paramédicale qui accompagne les patients tous les jours. Ici, deux programmes leur sont proposés :une hospitalisation de jour ou un séjour complet de trois semaines.

Géré par l’APHP, le centre fait partie d’un parcours impliquant deux autres hôpitaux du département: Avicennes à Bobigny et Jean Verdier à Bondy, qui proposent des consultations de diabétologie, endocrinologie et des prises en charges chirurgicales.

À Sevran, Brigitte Kunzli est plutôt satisfaite : « Le budget pour le matériel a été conséquent. Nous sommes très bien équipés »  affirme-t-elle. Le centre est bien aménagé avec des chambres individuelles de 15 à 20 m2 et des moyens matériels appréciables – notamment, dans cinq chambres, des rails permettent de porter les patients les plus corpulents. 

Il est difficile de faire entendre aux instances le temps que l’on passe à écouter les patients et à s’en occuper

Les moyens humains sont-ils aussi au rendez-vous? « En ce qui concerne le budget du personnel, c’était un petit combat mais les effectifs sont désormais à la hauteur de nos souhaits » confie Brigitte Kunzli, en poste depuis l’ouverture du SSR.

L’investissement a été important de la part de l’APHP, confirme Dr. Camille Cussac-Pillegand, chef d’unité et spécialiste en endocrinologie, qui déplore toutefois la difficulté à obtenir des moyens humains. « Le soin aux personnes obèses est très chronophage et il est difficile de faire entendre aux instances de soin le temps que l’on passe à écouter les patients et à s’en occuper.

Mme Brigitte Kunzli à son bureau.

En Ile-de-France, c’est en chirurgie, comme à l’Hôpital Européen George Pompidou, que les unités prenant en charge les obésités sévères et compliquées sont le plus répandues. En SSR, en revanche, elles sont très rares et ne bénéficient pas des mêmes moyens humains, ni du même type de financement, regrette Dr. Cussac-Pillegand. Pourtant, ce SSR a besoin de personnel, affirme-t-elle. C’est un « SSR de dernier recours. Les patients viennent icilorsque les autres moyens de prise en charge ont échoué ». Des moyens de prises en charge par ailleurs nombreux et plus ou moins invasifs, comme la chirurgie bariatrique, qui consiste à réduire l’estomac d’une personne obèse.

La prise en charge requise n’est toutefois pas que physique : bien des aspects de la vie du patient sont englobés. Parmi eux, l’aspect psychologique a toute son importance, insistent nos interlocuteurs. Le centre met une aide psychologique à disposition des malades mais toutes les difficultés ne sont pas évitées pour autant. par exemple, les frustrations liées à la difficulté qu’il y a à changer ses habitudes alimentaires peuvent parfois mener à des violences verbales. Un point particulièrement sensible. « Sur nos questionnaires de satisfaction, que l’on donne en fin de séjour, généralement tout va… sauf la nourriture », précise Dr. Cussac-Pillegand.

La cuisine thérapeutique du SSR.

Pour réduire les difficultés, l’équipe évite aux patients les régimes trop restrictifs, ou leur fixe des objectifs peu nombreux, raisonnables et réalisables sur le long terme. “On développe un gros travail sur la connexion tête – corps, on redonne au patient la possibilité de mettre en valeur leurs corps. Le fait de bouger plus facilement permet de redécouvrir le corps et de se le réapproprier », explique Brigitte Kunzli.

Si le séjour est imposé, cela risque d’être un échec

Les patients ont aussi un rôle clé à jouer dans la gestion de son traitement. “Cela doit venir d’une volonté propre,” insiste le Dr. Cussac-Pillegand. « Si le séjour est imposé, cela risque d’être un échec.” Les patients peuvent donc venir au centre sur avis d’un médecin, y être envoyés depuis d’autres services du parcours tri-site géré par l’APHP, ou depuis d’autres hôpitaux, mais ils doivent garder à l’esprit que le changement doit venir d’eux. Il en va de même pour le suivi post-hospitalisation, très variable et dépend du choix des patients de revenir ou non à l’hôpital, indique le Dr. Cussac-Pillegand.

Si la reconnaissance de l’obésité comme enjeu de santé publique a permis une meilleure prise en charge du pro

blème, il y a encore des efforts à faire pour atteindre des conditions de traitement optimales. Quelles améliorations par exemple? Pour Brigitte Kunzli, ça pourrait être “un endroit où on pourrait faire des mouvements dans l’eau. Pas une piscine olympique, un bassin plutôt. » Peut-être un futur combat pour l’équipe.

Paloma VALLECILLO

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