Fini les rajouts, le tissage, les coiffeurs afro doivent s’en mordre les cheveux, la tendance est au naturel. Un retour aux origines initié par la sœur de Beyoncé. Assiata s’est penchée sur le phénomène.

Depuis la fin de l’année 2012 un nouveau mouvement s’étend sur la population féminine black et même au-delà, il s’agit du Nappy hair (Nappy : Naturelle et Happy). Les nappys prônent la beauté des cheveux crépus sur la femme noire et métisse. Comme tout mouvement, il a été lancé par une personnalité atypique. Cette personne n’est autre que la sœur de Béyoncé Knowles : Solange Knowles. Longtemps dans l’ombre de sa sœur, reine du Rnb américain et ex Destiny Child, elle a tenté de percer dans la musique, mais aujourd’hui c’est dans le milieu de la mode qu’elle fait sensation.

BbassiataBbassiataAprès son big chop [grande coupe] en 2009, elle apparaît aujourd’hui avec une toison à faire cauchemarder n’importe quel coiffeur censé, mais qui s’avère sublime. On la retrouve par exemple en couverture du Elle Afrique du sud, vêtue d’un pagne africain et de sa chevelure téméraire. Au-delà des États-Unis, d’autres personnalités se sont laissées tenter par la tendance, notamment Claudia Tagbo. Mais ce mouvement n’a t’il pas pour origine qu’un facteur économique ?

J’ai posé la question aux principales intéressées, les jeunes blacks de mon entourage. Très rapidement, j’en suis venu à distinguer les pro-tissages, des nappy hairs. Pour ceux qui ne serait toujours pas au courant la femme noire aux cheveux longs et lisses, n’existe pas ! Et oui, désolé de vous décevoir, mais le secret de ces femmes se nomme : tissage. Il s’agit de cheveux naturels que l’on rajoute aux vrais cheveux, quasiment sur le même schéma que les extensions.

Dans le camp, pro-tissage, nous avons Kendia, experte en matière de tissage. Pour elle, c’est un moyen d’avoir une belle tête, car elle n’apprécie pas franchement la tête qu’elle peut avoir avec ses cheveux naturels. Même si le budget qu’elle y consacre semble colossal pour une jeune femme de son âge, elle estime « que c’est cher, mais ça vaut le coût ». Pour quatre paquets de tissage de 28 pouces, elle paye près de 240 euros. Elle reconnaît être influencée par les idéaux types que les médias véhiculent, mais ce n’est pas pour autant qu’elle tentera l’expérience. Ces idéaux s’articulent bien souvent autour de l’image de femmes noires et métisses aux cheveux lisses et longs. Pour illustrer, ce constat en première position on retrouve la reine du Rnb : Beyoncé.

Dans l’autre camp, on retrouve les nappys qui revendiquent leurs cheveux naturels et comme elles s’appliquent à le dire, il ne s’agit pas d’une simple mode, mais d’un réel mouvement et c’est là qu’est toute la différence. Au temps de leur grand-mère, le défrisage, pratique qui rend les cheveux plus lisses, était un moyen d’être mieux accepté sur le marché du travail, au temps de la ségrégation, c’était un moyen de ressembler le plus possible à la femme blanche.

Aujourd’hui les nappys s’érigent contre ce formatage physique qui sévit dans la société. De plus, elles font des économies, car elles n’utilisent que des produits naturels comme l’huile d’olive, les avocats, etc. Kimberley étudiante est l’une des premières nappys que je connaisse, elle se désole de l’image de la femme parfaite noire, car pour elle, cette image ne reflète en rien la réalité. Dans le même esprit, Arlène estime que la femme parfaite est une femme qui assume ses cheveux et son corps. Malgré qu’être nappy nécessite un long processus, les nappys sont satisfaites du résultat et très fières. Elles aimeraient que beaucoup plus de personnalités se laissent tenter, afin que ce mouvement qui accompagne une certaine idéologie s’étende et comme elles le disent « que les femmes noires et métisses arrêtent de dénigrer leurs cheveux crépus ».

Le match entre ces deux camps semble assez serré, mais une chose est certaine, il ne s’agit pas simplement d’une mode. Et comme le disais Léopold Sédar Senghor dans son poème Femme noire : «…. À l’ombre de ta chevelure s’éclaire mon angoisse aux soleils prochains de tes yeux. Femme nue, femme noire. Je chante ta beauté qui passe, forme que je fixe dans l’Eternel. Avant que le destin jaloux ne te réduise en cendres pour nourrir les racines de la vie. »

Assiata Adams

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