« Un braquage bien organisé. » Un constat  qui revient systématiquement dans les témoignages que j’ai pu recueillir hier matin dans le quartier du Vieux-Pays, à Aulnay-sous-Bois, loin des cités de la ville. Portes du commissariat préalablement cadenassées par les malfaiteurs, distributeur de billets forcé à l’explosif, deux voitures brûlées sur la route pour faire diversion, fuite en scooters et tirs à la kalachnikov sur un véhicule de la BAC. Bilan humain : un convoyeur de fond a été grièvement blessé ainsi que l’employé à l’accueil de la banque.

Hier matin, retour au calme. Les rues ne sont plus bloquées, la circulation a repris.  La foule des journalistes, policiers et badauds a disparu. Seul un média audiovisuel est sur place pour interroger les passants, pressés de se montrer face à la caméra pour délivrer leur version des faits. Le marché du Vieux-Pays s’est tenu comme à l’habitude. « Banque provisoirement fermée », est-il indiqué à l’entrée de la BNP. Un technicien répare les portes automatiques. Seul l’antichambre de l’agence avec ses guichets automatiques est accessible au public. « Je viens pour récupérer ma carte bancaire », explique un monsieur à un homme à peine visible derrière le rideau de fer qui barre l’accès à l’intérieur de la banque. « Revenez la semaine prochaine, c’est fermé », lui répond ce dernier.

Une commerçante proche de l’agence raconte : « On a entendu un grand boum. Ça a fait trembler les vitres et une lumière a failli tomber. Je n’ai pu récupérer ma voiture qu’à minuit. Elle était en plein milieu de l’incendie. On a eu peur et un peu de mal à reprendre le travail. »

Des banques, il y en a plein dans la rue Jacques Duclos, où se situe la BNP. Société Général, LCL, La Poste, Caisse d’Epargne. C’est sur la BNP que s’est tombé. Les évènements de la veille font l’objet de quasiment toutes les conversations dans les banques voisines. « Comment les braqueurs pouvaient-ils savoir que le convoyeur de fond mettait de l’argent à cette heure-là ? Il y a sûrement un complice dans la banque », suppose un employé. Il ajoute : « Ç’a été calculé, d’habitude, ils font ça à l’arrache avec une voiture, là c’était comme dans les films américains. Ça arrive toujours en fin d’année. » 

Films américains et braquages vont apparemment de pair au lendemain de ce vol qui aurait pu virer au drame. « Dans ces films on glorifie trop le braqueur. Comme dans « The Town » où Ben Affleck est mis en avant comme un héros alors qu’il joue le rôle d’un personnage qui braque des banques », remarque un habitant de la ville. « Quand j’ai vu ce qui s’est passé je me suis dit que ça ressemblait au film  « Takers », confie une jeune fille. Ils ont quasiment fait la même chose. Dans le film, les braqueurs se font passer pour des techniciens opérant dans des banques, ils installent des explosifs et braquent. Ils n’ont quand même pas froid aux yeux pour tirer sur des policiers. »

Elle poursuit : « C’est le premier braquage qu’on a à Aulnay, en plus dans un quartier calme comme le Vieux-Pays. Les médias ont exagéré en émettant l’hypothèse que les auteurs du braquage pourraient être issus de quartiers du 93. Encore une fois on est mal vu, et si ça se trouve, ce ne sont même pas des gens de la ville qui ont fait le coup. Un braquage c’est sale, c’est moche. »

L’habitant interrogé précédemment, ajoute : « Ce qu’ils ont fait c’était très calculé, très minuté, ce sont des professionnels. Conduire une moto en prenant la fuite ça induit que le conducteur sait bien manier ce véhicule, c’est pas n’importe qui. De toute façon c’est un problème avec l’Etat. Pourquoi il n’y a pas de braquages à Neuilly ? Parce qu’il y a beaucoup plus de policiers, de caméras surveillance. Ce qui n’est pas le cas ici. »

Claude Bartolone a fait la même remarque hier matin au micro de France Info, estimant qu’il lui manque « 400 policiers dans le département ». Un manque d’effectifs qui tombe mal.  Hier, une tentative de braquage a eu lieu à Dugny en Seine Saint-Denis. Encore une fois une BNP était visée.

Imane Youssfi

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