La Seine-Saint-Denis, l’un des départements français les plus défavorisés (faut-il le redire?), est aussi parmi les plus touchés par l’épidémie et ses conséquences. Au printemps, aujourd’hui, la crise sanitaire y est vécue plus durement dans le département avec son lot de facteurs aggravants. A titre d’exemple révélateur, une étude de l’Insee publiée en novembre dernier montrait qu’un tiers des habitants de Seine-Saint-Denis résident dans un logement suroccupé. Un record national.

D’après le dernier rapport de l’observatoire des inégalités, 280 000 personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté, soit 17,5% de la population. Le taux le plus élevé de l’hexagone. Une précarité qui oblige les habitants de Seine-Saint-Denis à se serrer la ceinture, pas métaphoriquement, mais au pied de la lettre, la peur de manquer chevillée au corps et au cœur.

Le nombre de familles accueillies directement victimes de la crise sanitaire et sociale marquera l’histoire.

Les files d’attente s’étirent devant l’aide alimentaire des associations de solidarité comme le Secours populaire, le Secours catholique, les Restos du cœur… Selon Philippe Portmann, Secrétaire Général du Secours Populaire Français de Seine Saint Denis, la situation est inédite : « le nombre de familles accueillies, de nouveaux ‘bénéficiaires’ directement victimes de la crise sanitaire et sociale marquera l’histoire, car dans un département dont le taux de pauvreté est important, le basculement dans celle ci de nouveaux publics prend une ampleur considérable».

Ailleurs dans le pays, on souffre, on meurt, mais en Seine Saint-Denis, tout est pire. Une seule raison, un seul facteur explique cette situation  : la pauvreté endémique de la majorité de la  population. Dans le département,  35 000 personnes vivent avec moins de 885 euros par mois, d’après les chiffres de l’observatoire.

La crise se vit plus durement en Seine-Saint-Denis

Ce n’est pas nouveau. Il y a des années ou des décennies que la Seine-Saint-Denis est pauvre, pauvre parmi les pauvres. Depuis le printemps, la situation épidémiologique y a pris une gravité redoutable. Selon l’Insee, entre le 1er septembre et le 2 novembre, la mortalité a augmenté dans le département de 22,4 % par rapport à l’année dernière. Une hausse bien au-dessus de celle que connaît que l’hexagone qui est à hauteur de 7%.

Si le constat englobe les morts toutes causes confondues, il est néanmoins en grande partie lié à la maladie du coronavirus. Un autre chiffre de l’Insee, effrayant, est la hausse de 61 % de décès parmi les personnes âgées de 65 à 74 ans par rapport à 2019. Et pour faire face à cette surmortalité, on compte 30 % de médecins de moins que dans le reste du pays, selon les données de l’ARS de juin 2019.

En Seine-Saint-Denis, le Covid-19 tue plus qu’ailleurs (lors de la première vague, la surmortalité avait grimpé de près de 130%, un record là aussi au niveau national), et la pauvreté frappe presque aussi fort. Et pour beaucoup, il est très difficile d’aller demander de l’aide aux associations pour la dignité humaine. «On aimerait penser que ce n’est qu’un phénomène conjoncturel, mais il est malheureusement plus facile de basculer dans la précarité que d’en sortir», commente Philippe Portmann du Secours Populaire.

L’épidémie et ses conséquences nous amèneront à accompagner sur un temps long et sur tous les plans ces populations précaires. 

Ces gens pensent à leur survie puisqu’ils n’ont plus les moyens de se nourrir correctement à tous les repas. Ils n’ont plus de choix parce qu’ils sont les plus vulnérables de toute la métropole. Ils sont fragilisés sur le long terme. “L’épidémie et ses conséquences nous amèneront à accompagner sur un temps long et sur tous les plans ces populations précaires, pour leur permettre de trouver ou retrouver une dignité, pour que l’échange auquel nous participons dans notre activité solidaire prenne tout son sens », ajoute le secrétaire général de l’association.

Selon le dernier rapport du Secours Catholique publié en novembre dernier, les familles du département suivies par l’association ont un revenu plus bas que la moyenne régionale et nationale. Ces familles touchent 564 euros contre 585 euros en moyenne en Ile-de-France (576 € en moyenne nationale), bien loin du seuil de pauvreté officiel établi à 964 euros.

Lors d’une de ses allocutions sur la crise sanitaire, le président de la République, Emmanuel Macron, a assuré qu’il était décidé à lutter contre les inégalités sociales. En octobre dernier, le chef de l’exécutif annonçait aux bénéficiaires des APL et du RSA, une “aide exceptionnelle” de 150 euros, accompagnés de 100 euros par enfant.

Dans le plan de relance de 100 milliards, annoncé en septembre, 100 millions sont prévus pour les associations qui luttent pour la pauvreté. En juillet 2020, le département annonçait quant à lui un plan de relance à hauteur de 55 millions d’euros. Nadia Hay, la ministre des solidarités vient d’annoncer une aide de 2,7 millions d’euros pour l’aide alimentaire de Seine-Saint-Denis. Des annonces  d’urgences, qui passent à côté des fractures structurelles, économiques, médicales, scolaires, numériques, que met en évidence l’épidémie depuis près de dix mois.

Kab Niang

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