Comment vous sentez-vous à quelques heures de l’ouverture du procès de votre mari, A. C., devant la cour d’assises de Pontoise ? Je me sens extrêmement stressée et nerveuse. Je suis dans l’expectative. Assisterez-vous aux audiences ? Je dois témoigner lors du procès en tant qu’épouse. Mais comme je travaille et que j’ai trois enfants, il sera difficile pour moi d’être présente quotidiennement.

Que faites-vous dans la vie ?

Je suis secrétaire administrative au sein d’une collectivité locale.

Comment les enfants vivent cette situation ?

A. est très proche de ses enfants. J’essaie de protéger mes trois garçons. Ils ont respectivement 9 ans, 7 ans et 4 ans. Cette séparation est douloureuse pour toute la famille, mais le plus dur, c’est pour les enfants. Je fais en sorte de rendre visite à mon mari une fois par semaine. Malheureusement, les conditions ne sont pas propices. Nous nous voyons durant 30 minutes dans une petite pièce glauque. Les enfants n’en peuvent plus mais c’est le cadet qui craque. D’ailleurs, il est suivi par une psychologue.

Votre mari est incarcéré depuis deux ans. Comment palliez-vous son absence ?

C’est dur. Mais je ne veux pas craquer pour nos enfants. Je fais tout, toute seule, je dois jongler entre mon travail et l’école de mes enfants. Je dois avouer que mes proches et les nombreux amis de mon mari me soutiennent financièrement et moralement.

Que faisait-il avant d’être incarcéré ?

Il était en train de monter un société de sécurité, et puis, il s’était engagé en politique. Il faisait partie la liste UMP de Sylvie Noachovitch lors des élections municipales de mars 2008. Il appelait les jeunes de Villiers-le-Bel au civisme et surtout il leur disait de prendre leur carte lecteur. Depuis son passage en prison en 2003, il a vraiment décidé de mettre un trait sur sa vie de petit délinquant.

Une prison qui l’a rattrapé ?

Hélas oui, je sais mon mari est innocent. A. est victime de son passé judiciaire. Depuis 2003, son seul objectif était d’inculquer à ses enfants, la droiture et le respect du sens civique. Il voulait que ses garçons voient en lui un modèle.

Il subit une injustice, à vous entendre. Comment vit-il cette situation ?

Il est très serein. Il a confiance en la justice de son pays. Il a hâte que le procès commence pour pouvoir enfin s’expliquer.

Etes-vous confiante dans l’issue du procès ?

Jamais de ma vie, je suis entrée dans un palais de justice. J’ai peur de ne pas être à la hauteur. Mais pour mes enfants et mon mari. Je me dois d’être forte. Et de faire confiance aux juges.

Propos recueillis par Chaker Nouri

Chaker Nouri

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