Ce sont les mains chargées de sacs de provisions qu’Aïda sort de l’Epicerie Solidaire. Elle semble quelque peu gênée, mais après tout, elle n’a pas à avoir honte. Elle vient de faire ses courses pour la semaine à venir. Comme des millions d’autres personnes en France, Aïda vit en dessous du seuil de pauvreté. C’est pourquoi, au mois de septembre dernier, à l’initiative de l’association humanitaire le Secours islamique de France, et à l’occasion du début du mois du Ramadan, l’Epicerie Solidaire, située à Saint-Denis, a ouvert ses portes aux plus démunis.

En rentrant dans ladite épicerie, on trouve toutes sortes de marchandises, des légumes aux féculents, en passant par des produits élémentaires d’hygiène ; histoire de ressembler le plus possible à une épicerie ordinaire et de satisfaire les clients qui viennent ici. Tout est fait pour que les clients se sentent comme dans un vrai commerce, le prix spécial en plus. Ainsi, le coût d’un kilo de pommes de terre ne dépasse pas la modique somme de quarante centimes d’euros. A la caisse, le montant total d’une liste de courses hebdomadaire pour une famille de quatre personnes avoisine 30 euros, contre 80 en moyenne dans un supermarché banal. Le prix des produits est en effet fixé à hauteur de 10% de leur valeur commerciale réelle. Le principe est simple et s’inscrit dans un processus de travail ave les familles à long terme : l’économie réalisée grâce à la vente de ces produits à prix réduits est utilisée pour d’autres dépenses, notamment pour régler la facture mensuelle du loyer.

Quant à la « caissière », elle n’est ni salariée, ni la femme du patron, mais simple bénévole. Actuellement, le nombre de personnes affluant à l’épicerie n’est pas élevé, tout simplement « en raison de la récente ouverture du magasin », explique la caissière. Mais le bouche à oreille va vite faire la popularité de l’Epicerie Solidaire. Les clients actuels sont, selon les bénévoles, pour la plupart des personnes habituées des services rendues par l’association caritative. Ce n’est pas le cas d’Aïda, qui se définit avec ironie comme « nouvelle pauvre toute neuve ».

Mère célibataire élevant ses trois enfants, Aïda, qui a perdu son emploi d’aide aux personnes âgées dans une maison de repos, confie qu’au-delà de l’aspect financier, « grâce à cette aide, mes enfants mangent plus équilibrés et plus sains. D’habitude, mes faibles revenus ne me permettent pas d’acheter de la viande ». C’est en adressant une demande à l’assistante sociale qu’Aïda a pu profiter « de cette chance, ouverte à toute personne en difficulté, même les non-musulmans ». Depuis, elle bénéficie d’une somme de 40 euros par semaine pour faire ses courses dans l’épicerie.

Après Saint-Denis, deux épiceries du même genre devraient ouvrir leurs portes à Saint-Ouen et à Aubervilliers. De quoi favoriser l’accès de plus de personnes à ce genre d’entreprise caritative, quand on sait que la France compte au moins 3 millions de personnes en situation précaire.

Hanane Kaddour

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