Après des semaines d’incertitude sur son avenir, l’enseigne Tati, placée en redressement judiciaire, est finalement reprise par le groupe Gifi. 1 428 emplois sont ainsi sauvés sur les 1 700. Cette actualité a replongé les reporters du Bondy Blog dans leurs souvenirs d’enfance : ceux des longs moments passés dans les rayons de l’enseigne populaire. Seconde série de témoignages. 

« Je préférais acheter des vêtements Tati bon marché et garder un peu d’argent pour me procurer des livres »

Tati.. J’ai découvert l’enseigne lorsque je travaillais à Paris, à proximité du magasin rue de Rennes. C’était en octobre 1983. Auparavant, j’achetais mes vêtements près de ma résidence universitaire, dans les modestes boutiques de la rue Mouffetard. J’ai hésité à pénétrer chez Tati. En effet, ma mère, chargée de la vente dans la modeste horlogerie-bijouterie familiale à Charolles, une petite ville du sud de la Bourgogne, m’avait souvent répété : « Les habits des grandes surfaces ne sont pas de bonne qualité ». Moi, je me disais : « Je travaille à temps partiel. Les vêtements présentés en vitrine sont jolis et bon marché… je vais en acheter un peu, pour les tester« . Je suis donc rentrée dans le magasin, j’ai acheté quelques chemisiers et quelques pulls aux couleurs attrayantes. Finalement, ils ont vraiment bien tenu le coup. Encouragée, je suis devenue une cliente régulière de Tati. J’ai porté ses vêtements pendant plusieurs années. Certains d’entre eux avaient même tendance à être increvables ! Je me souviens d’un sweat-shirt aux rayures multicolores qui me plaisait beaucoup et dont j’ai longuement profité. Franchement, je préférais acheter des vêtements fantaisie Tati et bon marché et garder un peu d’argent pour me procurer des livres. J’ai seulement évité de fréquenter ce magasin pendant quelques mois pour des raisons de sécurité après l’attentat de 1986 qui avait fait 7 morts et 55 blessés. Dans les années 2000, j’ai accompagné mon amie pakistanaise Noor au magasin du quartier Barbès, un peu étonnée de constater son succès auprès d’elle car les articles ne me semblaient pas typiquement français. Elle avait acheté beaucoup de cadeaux pour sa famille et ses amies. L’été dernier, j’ai acheté des articles de maison satisfaisants et je porte des pantalons de sport confortables. Je suis restée fidèle à Tati.

Marie-Aimée PERSONNE

« C’est là que j’ai appris le sens du marketing ! »

L’enseigne de Tati me rappelle les longues minutes d’attente dans la queue, comme ces moments où mon papa de profiter de chaque instant pour dénicher la bonne affaire. Moi, j’étais celle qui faisait la queue pour ne pas perdre de temps. Je guettais le retour de mon père comme si j’avais peur de rater l’avion, alors qu’évidemment, la caisse n’allait pas bouger ! Avec ce bon nombre de mètres carré en plein Paris, Tati fait peur. Il prend trop de place. Mais pour les petits, c’est l’occasion de jouer à cache-cache. Je n’avais pas encore de fratrie à l’époque mais je voyais les autres enfants profiter de la cour de récré. Mon papa me faisait suffisamment confiance pour me laisser dans le rayon jouets. Mes préférés c’était ceux des garçons. Et puis j’ai grandi et Tati aussi. Tati bijouterie a ouvert et Tati mariage a suivi. C’est avec mes cousines que je me suis vue atterrir dans ce monde de paillettes et de consommation à outrance. Et puis, c’est là que j’ai appris le sens du marketing ! 2, 99 euros, ce n’est pas deux euros mais trois euros. Une bonne affaire ? Si seulement. Les prix sont attractifs, la qualité un peu moins, mais cela fait toujours l’affaire. Si cela permet de rendre des familles heureuses et de se faire plaisir, pourquoi pas. Avec Tati, il est d’ailleurs possible d’accéder à des produits de marques, à moindre coût. Pour les produits d’hygiène, là, c’est le bon deal. Le Tati de Barbès est connu de tous, depuis des générations et surtout des Parisiens et des banlieusards. C’est assez drôle de voir à quel point Barbès relie les Parisiens et les banlieusards. Payer moins cher est une affaire de tous. Mais le quartier de Barbès se gentrifie. L’absurdité de l’ouverture du bar juste en face veut faire de l’ombre à l’enseigne avec ses prix légèrement discutables au vu des habitants aux alentours. Le Louxor lui renait tout comme le théâtre du Trianon, toujours en travaux. Que deviendra le Tati populaire que j’ai connu au milieu de ce Paris boboïsé ? L’exclusion de la population ne se fait-elle pas aussi en privant celle-ci de ses commerces de proximité préférés ?

Yousra GOUJA

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