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Ce soir, le lit clic-clac, la bicyclette, ses cadenas, la radio de Serge, le portable de Sabine et le miroir de Roland deviendront les compagnons inséparables de Pierre Nebel, la relève.

 

L’heure du bilan. Peut-être n’ai-je pas été assez corrosif, cruel, voyeur?  Pas une ligne sur les dizaines de dealers qui zonent à Bondy nord et que l’on distingue au premier coup d’œil. Pas un mot sur ces jeunes SDF qui appellent le 115 toute la journée pour trouver un toit. Pas un mot sur la gloire des ados bondynois qui figuraient, l’espace d’un jour, à la troisième place du palmarès des cités brûleuses de voitures. Pas un mot sur les bavures policières. Pas un mot sur les femmes oubliées…

 

Arrivé sur la Place de la Gare de Bondy, il y a dix jours, j’avais cette impression de commun, d’ordinaire. Rien à voir avec le Bondy de  mes attentes. Filmer aurait été le meilleur médium, pour transcrire cette « normalité » ressentie. J’ai traqué le quotidien des Bondynois dans des endroits quotidiens: école, collège, lycée, bistrot, église et mosquée, associations, clubs de retraités. Dans cette banlieue-là, pas de flamme, pas de sang. La violence s’exprime en silence. Quarante ans d’exclusion, de non intégration, de vie en marge, d’injustice, de mépris, de préjugés, de galère, d’immobilisme, d’asphyxie, d’oubli, de déception, de dégoût, de racisme, de mensonges, de discrimination, de ghettoïsation, de démission, d’humiliation, de calomnie, de rafistolage. Les voitures en feu n’ont été qu’une parenthèse de trois semaines. La « vraie » violence des banlieues est une institution qui domine depuis trois générations.

 

Raconter cette hideuse « normalité » n’est pas simple. La police refuse tout interview. Les écoles hésitent à ouvrir leurs portes. Les administrations ne quittent pas leur discours administratif. La rue se méfie des journalistes. Pendant dix jours, j’ai souffert de la schizophrénie des banlieues. Un discours qui ne colle pas avec la réalité. Les officiels, conscients de l’importance de la crise, ne veulent pas parler. Les policiers, au premier front de la crise, ne peuvent pas  parler. Les jeunes, les pieds dans la crise, ne savent en parler.

 

Dix jours à Bondy, quelques traits supplémentaires sur la toile, un petit pas de plus dans l’expression réaliste de la banlieue, dans la réalisation du projet de Serge, Sabine, Roland, Pierre, Paul et les suivants. Hier, le Courrier International saluait l’existence du blog. Ce matin, Frédérique Lebel, de Radio France Internationale, intéressée par  l’initiative de l’Hebdo, a pris le RER pour rencontrer ces Suisses de Bondy. La démarche ne passe pas inaperçue. Demain pourtant, dans le TGV, j’entendrai mon oreille siffler la rengaine moqueuse des enfants du Neuf Trois: « Faut naître ici pour comprendre ce qui se passe! »

 

 

 

Par Blaise Hofmann

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Blaise Hofmann –

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