Le début du mois de jeûne était fixé de longue date au mardi 9 juillet par le Conseil français du culte musulman, selon une règle de calcul arithmétique. Mais hier, à la veille calculée du mois saint, coup de théâtre : la nouvelle Lune qui marque le passage au mois de Ramadan n’a pas été observée…

Tous les musulmans de France étaient prêts à jeûner dès aujourd’hui. En prévision de ce mois sacré, nous avions déjà sorti nos plus belles tenues de danseuses orientales, dévalisé les rayons halal des supermarchés et nettoyé nos chameaux, car comme chacun sait le musulman lambda ne se déplace qu’ainsi. C’est Auchan qui l’a dit. Incha’Allah, un jour j’aurai le permis dromadaire. Et bien non, faux départ pour ceux qui ont commencé à jeûner dès aujourd’hui puisqu’en fait ça commence demain. Vous me suivez là ? Même moi j’ai du mal.

Le Conseil français du culte musulman, présidé par le recteur de la Grande Mosquée de Paris Dalil Boubakeur, crée en 2003 par Nicolas Sarkozy, avait pour missions, entre autres, de clarifier les dates de début et de fin. Pour ce faire, l’instance a choisi de ne plus se baser sur la technique ancestrale de l’observation lunaire la veille, lors de la nuit du doute, mais sur des calculs savants. La calculatrice a dû connaître quelques ratés puisque la date annoncée depuis le mois de mai était celle du 9 juillet et ce n’est en réalité pas la bonne. Et dire que les musulmans sont réputés pour avoir largement contribué à la diffusion et au développement des mathématiques. Je ris. Les  plus conservateurs ont été heurtés par ce surcroît d’innovation, car l’un des charmes du Ramadan réside dans l’incertitude annuelle du début et de sa fin. Personnellement j’aimais bien imaginer des scientifiques très âgés en train d’essayer de repérer la lune avec un télescope.

Hier soir, plusieurs voix dissonantes se sont faits entendre et ont protesté contre la décision jugée comme arbitraire de fixer le début du jeûne alors que la nouvelle lune n’était pas visible. Des mosquées ont enjoint leurs fidèles à débuter le Ramadan mercredi 10 juillet, à l’instar de l’Algérie, le Maroc ou l’Arabie Saoudite. Sur les réseaux sociaux outre les blagues souvent drôles (« CFCM : Conseil Français du choix multiple » ou « Les dates du ramadan c’est comme les dates de concert, mardi 9 à Paris, mercredi 10 à Lyon »), les fidèles s’interrogent. La Mosquée de Paris est injoignable. Les échanges de SMS se multiplient. Chacun se demande quoi faire.

Certains assurent que la grand-mère du beau-frère de leur soeur est allée à la mosquée où la date de mercredi est confirmée. J’ai l’impression qu’on est dans une soirée électorale, chaque ville se prononce sur le mardi ou le mercredi. Les musulmans français innovent, ils viennent d’inventer le Ramadan décalé. Pire, dans une même ville deux mosquées annoncent une date différente. Il ne reste plus qu’à faire comme du temps de la carte scolaire pour déterminer de quelle mosquée vous dépendez pour savoir quand commencer le jeûne. Je suis à deux doigts d’appeler la Cocoe. Les plus précautionneux décident de jeûner quand même mardi, là où les autres préfèrent se calquer sur l’Arabie Saoudite et désavouer un CFCM déjà bien miné par le procès en illégitimité qui lui est fait depuis sa naissance. Ma migraine et moi on se dit finalement que le judaïsme c’est pas mal comme religion voire que jeudi c’est bien comme date aussi.

Ce matin, la commission théologique de la Mosquée de Paris, dont le recteur est donc Dalil Boubakeur a produit un communiqué expliquant que le premier jour du jeûne est fixé à demain car « la vision de la nouvelle lune s’étant avérée impossible à établir ni en France ni dans les pays musulmans ». Dalil Boubakeur désavoue Dalil Boubakeur, bonjour la schizophrénie. Finalement, tout le monde est content, surtout les non-musulmans qui gagnent un jour de répit durant lequel ils ne se feront pas voler leur pain au chocolat.

Faïza Zerouala

Articles liés

  • Thérapie de conversion : du discours religieux à la psychanalyse

    Alors que le Parlement se penche depuis ce mois d'octobre sur l'interdiction des thérapies de conversion, Miguel Shema s'est penché sur le documentaire 'Pray Away'. Film documentaire qui fait la lumière sur l'entreprise américaine Exodus, qui pendant des années à promis à des milliers de membres de la communauté LGBTQI+ de changer d'orientation sexuelle. Des pratiques qui passent par l'usage d'une sémantique psychologique et non religieuse. Analyse.

    Par Miguel Shema
    Le 26/10/2021
  • La Brigade des mamans contre les amendes abusives de leurs enfants

    Dans de nombreux quartiers, les jeunes sont victimes d'une nouvelle arme sur-utilisée par les agents de police : les amendes. Parfois lancées sans même avoir rencontré les jeunes. Un phénomène à l'origine du surendettement de nombreuses familles. Pour se prémunir de ce fléau, à Belleville (Paris), des mamans veillent et sortent dans la rue jusque tard pour protéger leurs enfants. Reportage.

    Par Anissa Rami
    Le 22/10/2021
  • À la petite boutique de Stains, le handicap a toute sa place

    Pour son premier reportage sur le terrain, Kadidiatou Fofana, en classe de seconde, s'est rendue à La Petite Boutique de Stains (Seine-Saint-Denis) qui agit pour l'emploi des personnes en situation de handicap. L'occasion pour elle de rencontrer Ophelie Esteve, qui gère les activités du lieu. Reportage.

    Par Kadidiatou Fofana
    Le 21/10/2021