L’entrée du stade Auguste-Delaune à Reims fourmille de supporters euphoriques. Les Thaïlandais, drapeaux à la main et chants à tue-tête, peinent à rivaliser avec leurs adversaires du soir. Difficile de rater les supporters américains : chaussures, chaussettes, pantalons, t-shirt, combinaisons, casquettes, chapeaux fantaisies… tout est passé aux couleurs de leur drapeau. Sally, venue de Washington, nous explique qu’à l’approche du 4 juillet, jour de fête nationale américaine, « tu peux trouver tout ce que tu veux » en drapeaux et goodies patriotiques.

Les Américains sont venus en famille, ou entre amis, la plupart d’entre eux jouent eux-mêmes au ballon rond (celui qu’on prend avec les pieds, pas l’orange). Kendall, 15 ans, joue depuis qu’elle a 5 ans. Elle est venue avec sa mère, ses amies, et d’autres footeuses de son club à San Antonio, au Texas. Elles sont là pour le Mondial mais pas que : sélectionnées dans le cadre d’un programme, elle et ses amies sont coachées par des entraîneurs français. Elles représenteront leur club cette semaine face à des équipes locales.

Paul et Liz, un couple de Seattle, jouent tous les deux au foot, « depuis [ses] 4 ans ! » pour Liz, qu’une blessure à la cheville à obliger à ranger les crampons l’été dernier. Ils sont fans du Reign FC, club local et deuxième équipe américaine aux Etats-Unis dont deux joueuses font partie de l’équipe nationale : Megan Rapinoe et Allie Long. Véritables pas-sion-nés de foot, ils tiquent quand on leur dit qu’on est du Bondy Blog. Ils devinent : « Il y a des joueurs connus qui viennent de là, non ? » On leur susurre Mbappé. Ils connaissent, évidemment. Et ils adorent.

Les filles sont moins bien traitées que les garçons alors qu’elles ont gagné 3 Coupes du monde !

Les footballeuses américaines sont aussi au centre de l’actualité en ce moment aux Etats-Unis, nous dit Sally et sa fille, de Washington. En mars dernier, 28 d’entre elles ont attaqué leur fédération pour discrimination sexiste dans leurs conditions de travail. Nos deux supportrices sont indignées : « Les femmes veulent être vues et traitées à égalité. Elles sont moins bien traitées et payées que l’équipe masculine, alors qu’elles ont gagné 3 Coupes du monde ! » Les garçons de « Team USA » n’ont quant à eux jamais rien gagné au niveau international et végètent à la 24e place mondiale, entre le Sénégal et la Roumanie.

Le football, ou « soccer », est déjà très populaire, et son succès ne se dément pas outre-Atlantique. Là-bas, deux millions de filles jouent au ballon et 23 millions d’Américains ont regardé le sacre mondial de leurs joueuses en 2015 ; seulement 11,8 millions ont assisté à celui de l’équipe de France masculine de foot l’année dernière. Diego, Brad et Cath sont de Baltimore et de New York et nous expliquent que le sport a dépassé le hockey en termes de popularité, derrière le baseball, le basket et le football américain, encore roi. Diego pense que le soccer dépassera bientôt le baseball, et pour cause : « La fréquentation des stades est déjà plus grande que le baseball dans bien des endroits. »

Pour beaucoup, ce Mondial est l’occasion de visiter la France et son côté glamour, réel ou imaginé. Reims oblige : « We love the champagne ! », s’extasie une famille d’Atlanta. Reims a l’air d’en séduire plus d’un par son calme et ses paysages. Liz et Paul sont là pour six semaines. La durée de la Coupe du monde… et un petit bonus : ils tenaient à rester « pour Bastille Day ! » (le 14 juillet, ndlr). On hésite à leur dire que ce n’est pas aussi fou qu’en Amérique, mais on les épargne, histoire de ne pas briser le charme.

On trouve aussi des fans de foot vétérans, comme Bob et Dave, deux amis du Wisconsin, la soixantaine bien entamée. Dave suit les Mondiaux, filles et garçons confondus, depuis la fin des années 90. Il était dans le stade en 98 quand la France a gagné, mais il nous promet que cette année, les Bleues « ne gagneront pas ! » Cela reste à prouver, mais vu le score que les Américaines ont infligé aux Thaïlandaises ce mardi (13-0), il faudrait commencer à s’inquiéter…

Arno PEDRAM (avec Sarah ICHOU)

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