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Je ne vous promets rien. J’ai les doigts flagada, les gambettes en compote, des « tut-tut bonjour c’est nous » plein la tête et des « coucous » que je ne compte plus après 4h22 de voiture. 10h56, jeudi 9 juillet, quand je pose mon fessier sur les banquettes arrières de la 404 décapotée qui fait de la pub pour Vittel. Pierrick, pas encore 30 ans, blond et souriant, visage dissimulé derrière ses lunettes bouffantes, plus grand que la moyenne, 2,02 mètres, tient le volant.

Tour de France, cinquième participation pour cet étudiant en ostéopathie, qui les connaît bien les caravanes publicitaires, les ayant préparées, montées, pratiquées. Tour de France, cinquième participation pour cet ex-triathlète qui « arrêté pour diverses raisons le sport de haut niveau ». C’est intrigant…

« Hey, tu me tutoies, hein, parce qu’on va passer une journée ensemble là ! », prévient-il d’entrée de jeu. J’acquiesce. Et il me file une caquette Vittel que j’enfile, « c’est une casquette pour les invités parce qu’on a un stock restreint ». Au plus grand désespoir des gens serrés dans la queue qui, ben ouais, quoi, aimeraient bien une casquette Vittel pour se protéger du cagnard persistant.

Une foule massée, qui l’attend comme le sauveur, la caravane du Tour. Et surtout celle-là, « la plus grande et la plus importante », qui distribue quasiment sans regarder des bouteilles d’eau. A la volée. Une caravane qui provoque le « ah » général quand elle passe, comme si c’était le Programme alimentaire mondiale qui arrivait du ciel en zone déshéritée. Ici, la zone et ceux qui s’y trouvent sont plutôt déshydratés.

Quand on monte dans la caravane pour la première fois, on ne regarde qu’eux, on ne remarque qu’eux ! Ignorant les routes, oubliant les paysages. Il n’y a qu’eux, les trottoirs noirs de monde, les mains tendues ou agitées, les drapeaux flottants, les sifflets sifflotant. Alors on se prend au jeu, on salue, tend les mains, sourit aux enfants et même aux parents, mais on klaxonne rarement, « à part les belles filles », avoue Pierrick.

Et l’auto avance au rythme des autres véhicules. Ralentissant parfois, accélérant dans les forêts où les hourras se font discrets, et où le terre-plein ne reçoit la visite ni de belles demoiselles ni de familles enjouées. Une organisation bien orchestrée, par Pierrick notamment, qui est « l’œil arrière du chef devant ». A l’arrivée, on a les bras brûlés, rouges crevette. On offre encore des coucous aux passants qui s’étonnent drôlement. Et on sourit tendrement aux enfants qui vous jettent des regards méchants.

Mehdi Meklat, à Barcelone

Mehdi Meklat –

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