J’attends mais je m’interroge aussi, comment le mot « nègre » avec toute l’histoire qu’il porte, peut venir à la bouche d’une ministre aussi facilement, dans un contexte comme celui-ci ? Vous rappelez-vous de la dernière fois où ce mot est sorti de votre bouche aussi facilement ? Nègre. La dernière fois que je l’ai entendu à la télé, il a valu à Jean-Paul Guerlain une condamnation pour injure raciale.
Et pourtant, avec quelle condescendance ne nous évoque-t-on pas l’usage du terme par Césaire ou Fanon. Faut-il vraiment expliquer la manière dont certains auteurs noirs se sont réappropriés ce terme dans un contexte bien précis ? Vraiment ?
Au-delà de l’usage de ce terme, il y a la comparaison. Voilà que beaucoup se voient en défenseurs de la libre disposition qu’a la femme de son corps. Cette manière qu’on certains de balayer d’un revers de la main le choix fait en conscience de certaines femmes de se voiler. Des femmes qui étudient, travaillent, jonglent avec tant de contraintes comme tant d’autres femmes. Des femmes que l’on entend si peu ou presque quand ce débat ne concerne qu’elles. Mais la ministre ne parle que de l’enfermement du corps féminin qui l’arrange.
Qu’en est-il de l’enferment du corps de la femme dans les voiles invisibles de notre société ? Ouvrez un magazine féminin, on vous dira comment il faut vous tenir, où il faut vous épiler, quels cheveux vous teindre et de quelle couleur, ce qu’il faut mettre ou ne pas mettre. Je suis la première à voir mes pieds souffrir dans des talons car il faut être « élancée » nous dit-on. Depuis le début de ce quinquennat j’attends, pas le grand soir non. Mais que quelque chose se passe. Quelque chose qui irait vers plus de respect, de vivre ensemble, d’égalité. En attendant, comme Laurence Rossignol, j’invoque Montesquieu.
« Si j’avais à soutenir le droit que Laurence Rossignol a eu de tenir de tels propos voici ce que je dirais :
Celles dont il s’agit sont voilées depuis les pieds jusqu’à la tête ; et elles ont le voile si serré autour de la tête, qu’il est presque impossible de les plaindre.
On ne peut se mettre dans l’esprit que Dieu, qui est un être très sage, ait mis une âme, surtout une âme bonne, et un cerveau doué de libre arbitre dans un corps à la tête voilée.
Il est si naturel de penser que c’est la confession qui constitue l’essence de l’humanité.
Une preuve que les femmes voilées n’ont pas le sens commun, c’est qu’elles font plus de cas d’un voile que d’un bikini, qui chez des nations policées, est d’une si grande conséquence.
Il est impossible que nous supposions que ces femmes-là soient libres, parce que, si nous les supposions des femmes libres, on commencerait à croire que nous ne sommes pas nous-mêmes républicains.
Des petits esprits exagèrent trop l’injustice que l’on fait aux femmes voilées : car, si elles étaient telles qu’ils le disent, ne serait-il pas venu dans la tête des hommes politiques français, qui font entre eux tant de conventions inutiles, d’en faire une générale en faveur de la tolérance et de l’unité. »
Latifa Oulkhouir
Rossignol chante toujours
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